Les notes en un coup d'oeil

15/20 JoueurLibre
82/100 Metacritic (presse)
90% Steam (joueurs)

Points forts

  • Une écriture qui va au bout de son idée, jusqu'à un final courageux
  • La trajectoire d'Amicia, dure et parfaitement tenue
  • Une claque visuelle, des foules aux marées de rats
  • La partition d'Olivier Derivière, encore au-dessus du premier
  • Le doublage français, d'un niveau rare
  • Les trois branches de progression, qui récompensent la façon de jouer
  • Des zones plus ouvertes, avec plusieurs itinéraires
  • Le passage au sud, qui renouvelle complètement la palette

Points faibles

  • Une infiltration toujours aussi sommaire, six ans après
  • Une IA qui déraille dès que l'on sort du scénario prévu
  • Des arènes de combat imposées, qui cassent le rythme du récit
  • Une aventure trop longue de plusieurs heures, avec un vrai ventre mou
  • Des séquences de traversée répétées jusqu'à l'usure
  • Trente images par seconde à la sortie, mode performance arrivé sept mois plus tard
  • Aucun mode 60 images par seconde sur Xbox Series S

Six mois plus tard, cap au sud

La suite reprend l'histoire là où le premier l'avait laissée, à peine six mois après. Amicia, Hugo, leur mère Béatrice et Lucas ont quitté l'Aquitaine pour la Provence, avec l'espoir qu'un alchimiste de l'Ordre saura contenir la Macula. La rémission dure le temps d'un chapitre, puis le sang de Hugo se rappelle à lui, et la fuite recommence, cette fois vers une île que l'enfant voit en rêve. En chemin, la fratrie croise Sophia, contrebandière au caractère bien trempé, et Arnaud, mercenaire qui n'a pas volé sa réputation. Là où le premier épisode enchaînait les gris et les bruns, celui-ci ouvre sur des marchés inondés de soleil, des champs de lavande, des ruines antiques au bord de la Méditerranée, et cette lumière rend la noirceur du récit beaucoup plus violente. Asobo n'a pas fait une redite : le studio a repris son récit intime pour l'emmener vers quelque chose de plus vaste, de plus mythologique, et de nettement plus cruel.

Capture d'écran

Une claque technique, et un vrai budget derrière

Le saut est net. En abandonnant la PS4 et la Xbox One pour ne viser que les machines de dernière génération, le studio bordelais a lâché la bride à son moteur maison. Les foules d'un marché provençal, les volumes de fumée, les jeux de lumière au coucher du soleil, et surtout ces marées de rats qui atteignent des centaines de milliers d'individus à l'écran : il y a des plans, notamment dans la seconde moitié, qui restent parmi les plus impressionnants de leur époque. Olivier Derivière signe une partition encore supérieure à celle du premier, plus ample, avec des chœurs qui arrivent exactement là où il faut. Le prix à payer, à la sortie, ce fut une image bloquée à 30 images par seconde sur consoles, sans mode alternatif, avec des chutes réelles dans les séquences les plus chargées. Le mode performance à 60 images par seconde est arrivé en mai 2023 sur PS5 et Xbox Series X, et c'est aujourd'hui la seule façon raisonnable d'y jouer, la Series S restant sur le carreau.

Capture d'écran

Amicia n'est plus une petite fille

Manette en main, la vraie nouveauté tient dans le basculement d'Amicia. Elle garde sa fronde, mais elle récupère une arbalète qui tue net, des couteaux à usage unique qui règlent le sort d'un garde ou ouvrent un coffre, et une réserve de poix qui transforme un simple caillou en projectile incendiaire. Le jeu ajoute un système de progression malin, en trois branches qui montent toutes seules selon la façon de jouer : rester tapi et contourner fait grimper la prudence, éliminer de face nourrit l'agressivité, fabriquer et recycler alimente l'opportunisme. On ne dépense aucun point, on récolte simplement ce que l'on a joué, et il est impossible de tout débloquer en une partie. Les terrains, eux, s'élargissent : plusieurs itinéraires, des zones latérales à fouiller, des affrontements que l'on peut aborder à sa manière. Sur le papier, c'est exactement ce qui manquait au premier.

Capture d'écran

Plus large, mais pas plus profond

Sur le terrain, la promesse tient à moitié. Les zones ont beau s'ouvrir, l'infiltration reste au même niveau qu'en 2019 : des gardes qui perdent votre trace en trois secondes, des cônes de vision très cléments, des comportements qui déraillent dès que l'on sort du cadre prévu, jusqu'à ces séquences absurdes où l'on tourne en rond autour d'un pilier en attendant que l'alerte retombe. Les affrontements imposés sont le vrai point noir : le jeu multiplie les arènes fermées où il faut vider une escouade avant de continuer, et ces passages cassent le rythme du récit au lieu de le nourrir. Certains testeurs anglo-saxons ont été très durs sur ce point, et ils n'avaient pas tort. Il faut y ajouter une longueur mal maîtrisée. Quinze à dix-huit heures pour un récit qui en méritait douze, avec un ventre mou au milieu où l'on refait pour la quatrième fois la même séquence de traversée sous escorte de rats. Le jeu n'a pas de mauvaise idée, il a juste trop peu d'idées pour la durée qu'il s'impose.

Capture d'écran

Ce qui reste, c'est l'écriture

Et pourtant, on va au bout, et on y va sans traîner des pieds. Parce que Requiem ose ce que très peu d'aventures grand public osent : suivre jusqu'au bout la trajectoire d'une adolescente qui tue, qui s'endurcit, qui perd le contrôle, et qui finit par faire peur à ceux qu'elle protège. Amicia n'est plus la grande sœur inquiète du premier épisode, elle porte une violence qui la dépasse, et le jeu ne cherche jamais à la racheter à bon compte. Hugo, de son côté, gagne en présence à mesure que son pouvoir s'étend, jusqu'à des séquences de bascule où le regard change de camp. Le doublage, français comme anglais, est d'un niveau rare, les silences sont aussi bien écrits que les dialogues, et le dernier chapitre assume une conclusion que beaucoup de studios auraient adoucie en comité. Trois Pégases en 2023 pour cette production française, dont l'excellence visuelle et la narration, et pas volés.

Faut-il le refaire avant Resonance ?

Oui, et sans doute plus que le premier. C'est le même jeu en plus riche, en plus beau et en plus fort, avec les mêmes limites de conception assumées jusqu'au bout : un couloir bien décoré, une infiltration élémentaire, des combats qu'on subit plus qu'on ne les choisit. Reste une aventure superbe, dont on n'oublie ni les images ni la fin, et qui a réuni plus d'un million de joueurs en une semaine grâce à sa présence dans le Game Pass dès le premier jour. Le jeu est aujourd'hui vendu 49,99 € sur Steam, souvent bien en dessous en promotion, avec plus de 90 % d'avis positifs côté français. Et si l'objectif est de se remettre dans l'univers avant Resonance: A Plague Tale Legacy, attendu le 27 août 2026, c'est carrément indispensable : c'est ici que l'on rencontre Sophia, qui passe au premier plan dans ce nouvel épisode, et qui ramènera la série vers une aventure bien plus tournée vers l'action.

Pour qui ?

Ceux qui veulent une grande aventure narrative française, magnifique et bouleversante, et qui acceptent un gameplay simple.

Pas pour qui ?

Ceux qui cherchent une vraie infiltration, des combats maîtrisés et un récit resserré sans temps mort.

Données du jeu

StudioAsobo Studio
ÉditeurFocus Entertainment
Date de sortie18 octobre 2022
PlateformesPC, PlayStation 5, Xbox Series X|S
Durée principale 17h
Durée 100% 27h
Metacritic 82/100
Steam 90% d'avis positifs
Prix indicatif49.99 €