Les notes en un coup d'oeil

11/20 JoueurLibre
80/100 Metacritic (presse)
70% Steam (joueurs)

Points forts

  • L'établissement de Ravensthorpe offre un ancrage émotionnel et une progression de base satisfaisante
  • Les raids en drakkar sur les monastères sont rythmés et visuellement convaincants
  • La chasse aux membres de l'Ordre des Anciens reprend l'esprit des premières cibles de la série
  • La direction artistique des paysages anglais du IXe siècle est soignée et crédible
  • Le système de combat à deux armes simultanées, notamment deux haches, apporte une vraie liberté tactique
  • La bande-son de Jesper Kyd et Sarah Schachner est l'une des meilleures de la série

Points faibles

  • Le jeu est structurellement trop long : 61 heures de contenu principal dont une grande partie repose sur des activités répétitives sans enjeu mémorable
  • Les arcs régionaux sont d'une qualité inégale mais rendus artificiellement obligatoires par le système d'alliance
  • Eivor n'est presque jamais un assassin : la Lame Cachée est optionnelle et la Confrérie marginalisée, ce qui rompt tout lien crédible avec la série
  • Aucune innovation de design significative par rapport à Assassin's Creed Odyssey sorti deux ans plus tôt

Après Origins et Odyssey, Ubisoft misait sur les Vikings pour relancer une série à bout de souffle

Assassin's Creed Valhalla est sorti en novembre 2020, simultanément sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One et Xbox Series X|S, en faisant l'un des titres de lancement de la nouvelle génération de consoles. Le contexte est particulier : depuis Assassin's Creed Origins en 2017, la série a opéré une mue radicale vers le RPG en monde ouvert, abandonnant progressivement les codes qui avaient fait sa réputation. Origins construisait quelque chose de nouveau. Odyssey en 2018 poussait ce modèle à l'extrême avec la Grèce antique. Valhalla devait être la synthèse, la version aboutie. Il est aussi, avec une durée de vie principale estimée à 61 heures selon HowLongToBeat et des centaines d'heures supplémentaires si l'on s'attarde sur chaque recoin, le plus imposant des trois. Et c'est précisément là que réside le problème.

Ubisoft Montreal nous installe dans la peau d'Eivor, guerrier ou guerrière norrois que le joueur peut choisir d'incarner en version masculine, féminine, ou dans une alternance décidée par les dieux, ce qui correspond à un choix narratif cohérent avec la mythologie du jeu. On quitte la Norvège pour s'établir en Angleterre au IXe siècle, dans le royaume fictif de Ravensthorpe, et on participe à la conquête progressive de régions entières : Ledecestrescire, Oxenefordscire, Cent, Vinland. La carte est colossale, le casting secondaire varié, et les ambitions de production indéniables. Pourtant, Valhalla ne tient pas ses promesses. Pas toutes.

Capture d'écran

Ravensthorpe et la promesse d'une saga Viking bien construite

Soyons honnêtes sur ce qui fonctionne, parce que le jeu n'est pas inerte. L'établissement de Ravensthorpe est le coeur battant du système de progression : on construit des bâtiments, on améliore l'avant-poste, on recrute des habitants qui débloquent des services. Le forgeron Gunnar permet d'améliorer les équipements, la maison médicale de Petra ou Vallée offre des objets de soin, la salle des Volières sert à gérer les expéditions de compagnons. Ce système d'évolution de base n'est pas profond, mais il donne un ancrage émotionnel que les précédents Assassin's Creed n'avaient pas vraiment proposé. On a l'impression de construire quelque chose.

Les raids en drakkar sur les monastères anglais sont une autre réussite. La mécanique est simple : on débarque avec son clan, on brise les portes, on pille les coffres, on récupère des ressources pour Ravensthorpe. Ces séquences sont visuellement réussies, rythmées par la musique de Jesper Kyd et Sarah Schachner, deux compositeurs qui avaient déjà travaillé sur la série. Ce n'est pas révolutionnaire, mais ça fonctionne. L'arc narratif principal autour d'Eivor, de son frère adoptif Sigurd et de leur relation avec l'Ordre des Anciens offre également quelques séquences solides, notamment les intermèdes dans le Yggdrasil et les visions d'Asgard incarnant Odin sous le nom de Havi.

Le système de combat a été revu : plus d'esquive que dans Odyssey, des finish moves spectaculaires à la hache, une jauge d'adrénaline qui alimente des capacités spéciales. Eivor peut combattre avec une arme dans chaque main, y compris deux boucliers simultanément, ce qui est une originalité bienvenue. Les boss de l'Ordre des Anciens, que l'on démasque progressivement en collectant des indices dans le monde, procurent une satisfaction réelle lors de leur élimination, rappelant vaguement la chasse aux cibles des premiers épisodes.

Capture d'écran

61 heures en ligne principale, mais combien vraiment mémorables ?

Valhalla a un problème structurel que ni la direction artistique ni le soin apporté au monde historique ne peuvent masquer : il est trop long, et cette longueur n'est pas justifiée par la densité. La carte de l'Angleterre est parsemée de petits pictogrammes indiquant des richesses, des mystères et des artefacts. Sur le papier, cela ressemble à du contenu. Dans la pratique, on ouvre un coffre caché dans une église à moitié effondrée, on résout une énigme de druide qui consiste à aligner trois flammes, on ramasse une page de recette pour un tatouage. Des dizaines de fois. La répétition n'est pas un défaut mineur dans Valhalla : c'est la structure du jeu.

Les arcs régionaux, censés constituer le coeur narratif du jeu, varient énormément en qualité. Certains comme celui de Sciropescire avec Ivarr la Désossée sont mémorables et comportent de vraies tensions dramatiques. D'autres s'étendent sur plusieurs heures pour déboucher sur une résolution plate. Le problème est qu'Ubisoft a décidé que chaque région devait être complétée pour atteindre une puissance d'alliance suffisante permettant d'avancer dans l'histoire principale. Cela transforme des arcs optionnels de facto en contenu obligatoire, sans que leur qualité ne soit uniforme. On passe donc du temps dans des zones dont les enjeux narratifs ne nous concernent pas vraiment, avec des personnages que l'on oubliera dans les dix minutes suivantes.

La comparaison avec The Witcher 3 : Wild Hunt s'impose naturellement, non pour écraser Valhalla, mais parce qu'il illustre ce que signifie un monde ouvert dense. Dans The Witcher 3, une quête secondaire aléatoire pouvait déboucher sur un dilemme moral qui hantait le joueur pendant des heures. Dans Valhalla, on coche des cases. Ce n'est pas la même ambition, et cela se ressent.

Capture d'écran

La série a perdu ses assassins quelque part entre Le Caire et la Norvège

Il faut nommer ce qui est devenu un désaccord de fond entre une partie du public et Ubisoft : Assassin's Creed Valhalla n'est plus vraiment un Assassin's Creed au sens historique du terme. Eivor n'est pas un assassin. La Confrérie est mentionnée en marge, avec Hytham comme représentant local qui introduit le joueur à la Lame Cachée, mais il faut débloquer activement cette arme et sa capacité de mise à mort immédiate. Pendant des dizaines d'heures, on joue à un RPG d'action Viking qui aurait pu s'appeler autrement.

Ce n'est pas nécessairement un défaut si l'on accepte l'évolution de la licence. Le problème est que Valhalla ne compense pas cette rupture d'identité par une identité propre suffisamment forte. Odyssey au moins avait l'ambition d'un RPG à choix multiples avec des conséquences narratives. Valhalla propose des dialogues à choix, mais ils changent rarement l'issue des événements. Le système de progression par compétences organisé en constellation recopiait en partie le modèle d'Odyssey, sans l'améliorer substantiellement. Les équipements légendaires et leur amélioration apportent une satisfaction de court terme, mais la courbe de puissance n'est pas assez bien dosée.

Le volet moderne avec Layla Hassan, personnage introduit dans Origins, poursuit un fil narratif que la majorité des joueurs supportent à peine. La franchise a toujours eu du mal à rendre ces séquences convaincantes, et Valhalla n'y fait pas exception : on les subit plutôt qu'on ne les vit.

Capture d'écran

Un jeu de 2020 qui n'a pas beaucoup évolué depuis 2018

Assassin's Creed Odyssey est sorti deux ans avant Valhalla. Si l'on place les deux jeux côte à côte, les progrès sont limités. La navigation en drakkar remplace les traversées maritimes, les raids remplacent les assauts de forteresses, mais le squelette de conception, la boucle activité-récompense-déplacement-activité, est identique. En 2020, d'autres jeux en monde ouvert posaient des questions différentes sur le genre : Ghost of Tsushima proposait une direction artistique singulière et un monde épuré, Cyberpunk 2077 malgré ses défauts techniques tentait une narration urbaine dense. Ubisoft, lui, a livré une version plus grande de ce qu'il faisait déjà.

Le score Metacritic de 80/100 à la sortie reflète un jeu correctement réalisé, sans accident technique majeur sur consoles, avec de vraies qualités de production. Mais 80/100 peut vouloir dire beaucoup de choses : ici, il masque une réception partagée entre des joueurs fans de Vikings qui ont apprécié l'univers et des joueurs frustrés par le sentiment de tourner en rond. Le score Steam, plus proche des 70% d'avis positifs, est peut-être plus représentatif de l'expérience sur la durée, une fois que l'effet de nouveauté s'est dissipé.

Les DLC Dawn of Ragnarok et Les Sièges de Paris ont ensuite prolongé l'expérience, parfois avec plus de cohérence thématique que le jeu de base. Dawn of Ragnarok en particulier, qui plonge Eivor dans une vision prolongée d'Asgard sous la forme de Havi, tente quelque chose de différent avec des pouvoirs divins inédits. Mais ces extensions supposent que le joueur ait déjà digéré la soixantaine d'heures principales, ce qui n'est pas une garantie.

11/20 : un monde trop grand pour ce qu'il a à dire

On met 11/20 à Assassin's Creed Valhalla. Ce n'est pas un mauvais jeu au sens absolu : Ravensthorpe est attachante, les raids en drakkar fonctionnent, certains arcs régionaux comme celui d'Ivarr tiennent la route, et la direction artistique des paysages anglais et norvégiens est souvent réussie. Eivor, dans sa version féminine doublée par Cecilie Stenspil, est un personnage qui a de la présence.

Mais la note sanctionne une accumulation de problèmes qui pèsent lourd sur soixante heures de jeu. Un monde ouvert dont la taille est une fin en soi plutôt qu'un outil narratif. Une boucle de gameplay répétitive qui ne se renouvelle pas assez entre la première et la vingtième heure. Des arcs secondaires inégaux rendus artificiellement obligatoires. Une identité de série diluée au point de ne plus être reconnaissable. Et surtout, une absence d'ambition de design là où les concurrents du genre prenaient des risques.

Valhalla n'est pas un échec, mais c'est un jeu qui aurait gagné à être deux fois moins long et deux fois plus sélectif dans ce qu'il propose. Ubisoft a depuis reconnu implicitement cette direction avec Assassin's Creed Mirage en 2023, un retour délibéré à quelque chose de plus resserré. Ce retour en arrière dit quelque chose sur ce que Valhalla était devenu : la limite visible d'un modèle de conception qui s'était étiré jusqu'à se rompre.

Pour qui ?

Pour les joueurs passionnés par la mythologie nordique et l'Angleterre médiévale qui souhaitent s'immerger longuement dans un univers historique reconstitué avec soin. Pour ceux qui ont aimé Assassin's Creed Odyssey et veulent davantage du même modèle avec un contexte différent.

Pas pour qui ?

Pour les joueurs qui attendent de la série une expérience d'infiltration centrée sur la Confrérie des Assassins : ils trouveront ici un RPG d'action Viking qui n'assume pas vraiment ce changement d'identité. Pour ceux qui ont peu de temps et sont sensibles à la répétitivité : soixante heures de contenu inégal demandent une patience que le jeu ne récompense pas toujours.

Données du jeu

StudioUbisoft Montreal
ÉditeurUbisoft Entertainment
Date de sortie10 novembre 2020
PlateformesPC, PlayStation 5, PlayStation 4, Xbox Series X|S, Xbox One
Durée principale 61h
Durée 100% 151h
Metacritic 80/100
Steam 70% d'avis positifs