Les notes en un coup d'oeil

17/20 JoueurLibre
90/100 Metacritic (presse)
98% Steam (joueurs)

Points forts

  • Système de combinaisons d'une profondeur rare pour un jeu à 15 euros
  • 150 jokers avec des effets variés et des synergies non évidentes
  • Boucle de jeu calibrée pour être addictive sans paraître manipulatrice
  • Accessible en surface, très profond pour qui veut optimiser
  • Disponible sur toutes les plateformes, y compris mobile

Points faibles

  • Les stratégies gagnantes convergent après plusieurs dizaines d'heures
  • Une partie de l'issue dépend du tirage des jokers, pas de vos décisions
  • Peu de contexte narratif ou de progression méta motivante

Un jeu de poker qui n'est pas un jeu de poker

Balatro part d'une prémisse trompeuse. Vous avez un jeu de 52 cartes, des mains de poker à jouer pour marquer des points, et des blindes à dépasser avant d'épuiser vos tentatives. Ça ressemble à un jeu de cartes familier. Ce ne l'est pas. Le poker est ici un décor, un langage commun que le jeu s'empresse de détourner. Dès les premières boutiques, vous achetez des jokers aux effets passifs qui transforment vos mains en quelque chose d'imprévisible. Une paire ordinaire peut devenir une machine à points si les trois jokers autour d'elle s'activent dans le bon ordre. C'est ça, Balatro : construire un système à partir de pièces éparses, sans jamais savoir à l'avance ce que la boutique va proposer.

Capture d'écran

Chips fois multi : comprendre pourquoi tout explose

Le score final d'une main, c'est toujours chips multiplié par le multiplicateur. Ces deux variables sont au cœur de tout. Certains jokers ajoutent des chips brutes, d'autres augmentent le multiplicateur, d'autres encore le multiplient. La différence entre "ajouter 4 au multiplicateur" et "multiplier le multiplicateur par 1,5" est fondamentale et prend un moment à intégrer. Une main qui vaut 200 chips avec un multiplicateur à 3 donne 600 points. La même main avec un multiplicateur à 30 en donne 6 000. Une fois qu'on commence à construire des synergies autour du multiplicateur plutôt que des chips, les scores deviennent absurdes, et c'est là que le jeu devient vraiment captivant.

Les 150 jokers disponibles couvrent un spectre énorme de concepts : certains récompensent les mains avec de nombreuses cartes, d'autres n'activent leurs effets que si vous jouez une seule carte, certains s'améliorent à chaque usage, d'autres posent des conditions strictes qui redessinèrent entièrement votre façon de jouer. S'ajoute à ça les cartes tarot qui modifient les cartes de votre deck, les planètes qui améliorent le niveau de vos mains de poker, et les cartes spectrales aux effets plus rares et plus radicaux. Découvrir une synergie non évidente entre un joker acheté par défaut et un autre récupéré en fin de run génère une satisfaction difficile à justifier rationnellement. Vous avez fait quelque chose. Vous ne savez pas exactement quoi. C'est suffisant.

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LocalThunk, un développeur anonyme et deux ans de travail

Balatro est l'œuvre d'une seule personne, un développeur canadien de Saskatchewan qui opère sous le pseudonyme LocalThunk et a volontairement refusé de révéler son identité malgré le succès mondial du jeu. Il a passé deux ans et demi sur le projet, a quitté son emploi un an avant la sortie pour le financer lui-même, et a pris soin d'éviter de jouer à d'autres deckbuilders pendant le développement pour ne pas contaminer sa vision, à l'exception de Slay the Spire en toute fin de production. Le mot "Balatro" vient du latin désignant un bouffon professionnel, ce qui dit quelque chose sur le ton du projet. La seule dépense prévue au budget : la bande-son, commandée à un compositeur freelance trouvé sur Fiverr. Aux Game Awards, c'est l'acteur Ben Starr qui est monté sur scène à sa place. Ce contexte n'a rien d'anecdotique : il explique pourquoi Balatro ressemble à un jeu pensé de l'intérieur, par quelqu'un qui voulait jouer à quelque chose qui n'existait pas encore.

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La boucle conçue pour ne jamais s'arrêter

Chaque tentative dure entre 40 minutes et une heure. La mort vous renvoie immédiatement à la sélection d'une nouvelle partie, sans écran de chargement, sans résumé interminable, sans friction. C'est une décision de design très consciente. Les différents decks de départ modifient les règles suffisamment pour que chaque série de runs ait sa propre logique : le deck infini donne des ressources théoriquement illimitées, le deck vide vous oblige à construire votre jeu de cartes de zéro. Débloquer de nouveaux decks pousse à en essayer un de plus. Les stakes, niveaux de difficulté propres à chaque deck, ajoutent des conditions supplémentaires qui renouvellent les parties même sur des decks déjà maîtrisés. Charlie Brooker, créateur de Black Mirror, a qualifié Balatro de "possibly the most addictive thing ever created". James Gunn a joué de manière intensive pendant la production de Superman. Ce n'est pas de l'hyperbole.

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Direction artistique et bande-son : le minimalisme bien calibré

L'esthétique pixel-art rappelle les jeux de cartes des années 90 sur PC, sans chercher à impressionner. Les animations des jokers sont lisibles, les effets sonores récompensent chaque activation avec un son satisfaisant, et la bande-son lo-fi de LouisF tient sur la durée sans jamais devenir irritante. Ce n'est pas la direction artistique la plus ambitieuse qui soit, et ce n'est pas le sujet. L'interface transmet l'information nécessaire sans surcharge, ce qui compte énormément dans un jeu où plusieurs dizaines d'effets peuvent s'activer simultanément. La lisibilité est une forme de qualité à part entière ici.

Ce qui retient d'atteindre le score parfait

Deux limites réelles méritent d'être nommées. La première : après plusieurs dizaines d'heures, les stratégies gagnantes convergent vers des archétypes identifiables. La variabilité des jokers proposés change les parties, mais les joueurs expérimentés reconnaissent rapidement les builds viables et ceux qui ne mèneront nulle part. La sensation de découverte s'émousse. La seconde limite est structurelle au genre : certaines runs échouent non pas à cause de mauvaises décisions, mais parce que les jokers proposés en boutique ne permettaient pas de construire quoi que ce soit de cohérent. Le hasard prend une part que les runs difficiles amplifient encore. C'est le contrat du roguelite, mais Balatro y est plus exposé que des concurrents qui donnent davantage de contrôle sur le tirage. Un 17/20 ferme, avec la conscience que ces deux limites n'effacent pas ce que le jeu accomplit sur ses cent premières heures.

Pour qui ?

Pour les joueurs qui aiment construire des systèmes et voir leurs décisions produire des effets exponentiels.

Pas pour qui ?

Pour ceux qui ont besoin d'une histoire ou d'un objectif à long terme pour rester accrochés.

Données du jeu

StudioLocalThunk
ÉditeurPlaystack
Date de sortie20 février 2024
PlateformesPC, PlayStation 5, PlayStation 4, Xbox Series X|S, Xbox One, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2, Mobile
Durée principale 7h
Durée 100% 250h
Metacritic 90/100
Steam 98% d'avis positifs
Prix indicatif13.99 €