Les notes en un coup d'oeil
Points forts
- Majula est l'un des hubs les plus réussis de toute la série, mélancolique et beau
- Le Power Stance révolutionne les builds en permettant de tenir deux armes lourdes en même temps
- Un volume de contenu exceptionnel, parmi les plus longs de la série
- La trilogie de DLC (Sunken King, Old Iron King, Ivory King) surpasse souvent le jeu de base
- Le Fume Knight et Sinh le Dragon Endormi comptent parmi les meilleurs boss de la série
- La variété des builds est inégalée dans la trilogie Dark Souls
Points faibles
- Le système d'Adaptabilité (ADP) pour débloquer les iframes du roulade est opaque et pénalisant
- Plusieurs boss du jeu de base sont décevants, voire honteux (Prowling Magus, Skeleton Lords)
- Le Shrine of Amana transforme une belle zone en cauchemar avec ses archers à distance
- La cohérence géographique du monde est moins convaincante que Dark Souls 1
- La qualité du jeu de base est inférieure à celle des DLC, ce qui crée un déséquilibre flagrant
Le mouton noir qui mérite mieux que sa réputation
Dark Souls 2 est le jeu de la série dont on dit le plus de mal. Sorti en mars 2014 sous la direction de Tomohiro Shibuya et Yui Tanimura plutôt que de Hidetaka Miyazaki, il porte depuis douze ans le fardeau d'être "le moins bon" de la trilogie. Les critiques sont connues : des boss décevants, un monde moins cohérent, un système d'iframes lié à une stat cachée. Elles sont pour la plupart justifiées. Ce que la réputation oublie, c'est que Dark Souls 2 contient aussi certains des meilleurs contenus de toute la série, enfouis dans une trilogie de DLC qui dépasse souvent ce que les autres jeux FromSoftware ont produit. C'est un jeu inégal, parfois agaçant, et pourtant impossible à ignorer pour qui veut comprendre la série dans son ensemble.
La version Scholar of the First Sin, sortie en 2015 sur PS4, Xbox One et PC, est la bonne version à jouer. Elle réorganise les placements d'ennemis, ajoute de nouveaux PNJ avec leurs quêtes, intègre les trois DLC, et améliore les graphismes. Elle corrige aussi certains déséquilibres de l'original et enrichit le lore de Drangleic avec des éléments supplémentaires. Si vous n'avez jamais touché au jeu, c'est par cette version qu'il faut commencer.

Majula : le meilleur hub de la série
Avant de parler des problèmes, il faut parler de Majula. C'est la zone centrale du jeu, le lieu où l'on revient entre chaque zone pour vendre ses âmes et préparer la prochaine expédition. Sur le papier, un hub comme un autre. En pratique, c'est l'un des endroits les plus réussis de toute la production FromSoftware.
Majula est une falaise au bord de la mer, baignée d'une lumière de fin de journée permanente. Il n'y a presque personne, quelques PNJ épars, une fontaine au centre, un puits mystérieux qui descend dans les profondeurs. La musique qui l'accompagne est mélancolique sans être oppressante, le genre de mélodie qu'on entend au loin quand on rentre chez soi après une longue absence. On revient à Majula entre chaque boss non pas parce que le jeu nous y oblige, mais parce qu'on en a besoin. Cette capacité à créer un espace qui repose émotionnellement, dans un jeu construit sur la tension et la mort, est un tour de force que Dark Souls 2 réussit mieux que tous ses successeurs.

Le Power Stance et la liberté de build
Dark Souls 2 est le jeu le plus généreux de la trilogie en termes de construction de personnages. La raison principale s'appelle le Power Stance : lorsque votre niveau dans une catégorie d'arme est suffisamment élevé, vous pouvez tenir deux armes de type similaire en même temps et les utiliser simultanément. Deux grandes épées. Deux haches. Deux épées courbées à vitesse vertigineuse. Des combinaisons qui n'existent dans aucun autre jeu de la série.
Le résultat est une variété de builds qui dépasse tout ce que Dark Souls 1 proposait. Un personnage au Power Stance avec deux Ultra Grandes Epées joue fondamentalement différemment d'un personnage construit autour des sorts d'Hexes, qui lui-même n'a rien à voir avec un archer furtif spécialisé dans les attaques dans le dos. Cette liberté donne au jeu une longévité réelle : beaucoup de joueurs qui ont terminé Dark Souls 2 une première fois y sont retournés pour tester un build radicalement différent, ce qui n'est pas aussi naturel dans les autres épisodes.

Le problème de l'Adaptabilité
Dark Souls 2 a un défaut de conception qui lui a valu une partie de sa mauvaise réputation, et ce défaut s'appelle l'Adaptabilité. Dans Dark Souls 1, l'esquive d'un personnage a toujours le même nombre d'images d'invincibilité, peu importe ses statistiques. Dans Dark Souls 2, ce nombre d'images dépend d'un attribut spécifique, l'Adaptabilité, qu'il faut investir volontairement pour que le roulé soit efficace.
Le problème n'est pas que ce système existe. C'est qu'il n'est jamais clairement expliqué. Un joueur qui arrive de Dark Souls 1 et qui ne lit pas les wikis va passer des heures à se demander pourquoi ses esquives semblent incohérentes, pourquoi certaines attaques le touchent même quand il a roulé "au bon moment". La réponse, investir des points dans une stat qui semble accessoire, n'est pas intuitive. C'est un exemple rare dans la série d'une mécanique dont l'implémentation est maladroite, et l'effet sur l'expérience des premières heures est réel.

Des boss du jeu de base trop inégaux
La liste des boss du jeu de base de Dark Souls 2 est la plus hétérogène de la série. Pour chaque Reine des Ombres réussie ou chaque Âme du Roi convaincante, il y a un Prowling Magus réduit à trois silhouettes sans intérêt, un groupe de Skeleton Lords qui s'effondre en trente secondes, un Covetous Demon qui ne fait qu'absorber des dégâts sans rythme ni lisibilité.
Le problème vient du nombre. Dark Souls 2 propose plus de boss que n'importe quel autre jeu de la série, et ce volume se paye en qualité inégale. Quand FromSoftware dispose de moins de temps pour concevoir et affiner chaque confrontation, certains boss ressemblent à des placeholders que personne n'a eu le temps de remplacer. Ça se voit, ça se ressent, et ça explique pourquoi les joueurs qui arrivent de Dark Souls 1 en attendant la même qualité d'affrontement déchantent vite.
La trilogie DLC : quand Dark Souls 2 révèle son vrai niveau
Et puis il y a les DLC. Crown of the Sunken King, Crown of the Old Iron King, Crown of the Ivory King : trois extensions sorties entre juillet et septembre 2014, toutes les trois au-dessus du niveau moyen du jeu de base, et deux d'entre elles parmi les meilleures zones que FromSoftware ait jamais conçues.
Crown of the Old Iron King se distingue particulièrement. La tour de Brume et ses mécaniques verticales impressionnent d'abord visuellement, mais c'est le boss final qui marque durablement : le Chevalier de Fume est un affrontement en deux phases contre un chevalier imposant qui finit par abandonner son bouclier pour jouer à deux épées. Chaque attaque est lisible, chaque pattern est appris dans la douleur, et la victoire est proprement satisfaisante. Des années après sa sortie, le Chevalier de Fume est régulièrement cité dans les discussions sur les meilleurs boss humanoides de la série.
Crown of the Ivory King avec ses plaines enneigées d'Eleum Loyce et son boss final le Roi d'Ivoire Brûlé, Crown of the Sunken King et son dragon Sinh le Dragon Endormi complètent une trilogie de DLC qui surpasse collectivement ce que le jeu de base proposait. Si Dark Souls 2 avait eu la qualité de ses DLC sur l'ensemble de son contenu, la conversation sur sa place dans la série serait très différente.
Ce qui ne fonctionne pas d'autre
Il faut aussi parler du Shrine of Amana. Cette zone est une plaine aquatique traversée par des rangées d'archers magiques qui attaquent depuis l'autre côté de l'écran, sous l'eau, dans un brouillard de lumière douce. Visuellement c'est magnifique. En pratique c'est l'une des zones les plus frustrantes de la série, une succession de couloirs où l'on meurt d'attaques qu'on n'a pas vues venir depuis des distances impossibles à anticiper. Ce n'est pas de la difficulté conçue, c'est de la punition par accumulation.
La cohérence géographique du monde mérite aussi d'être mentionnée. Dark Souls 1 était célèbre pour son monde interconnecté, chaque zone reliée aux autres de façon logique et surprenante. Dark Souls 2 abandonne cette ambition : les zones s'enchaînent via des transitions parfois arbitraires, et la logique physique du royaume de Drangleic est moins convaincante. Ce n'est pas rédhibitoire, mais les joueurs qui aimaient se perdre dans la cartographie mentale de Dark Souls 1 seront forcément moins investis ici.
15/20 : un jeu injustement mis à l'écart
On met 15/20 à Dark Souls 2, et ce score demande une explication. Sur les quatre points manquants : deux vont à la qualité inégale des boss du jeu de base et au Shrine of Amana, un va au système d'Adaptabilité mal expliqué, et un dernier à la cohérence géographique inférieure à Dark Souls 1. Ces reproches sont réels et mérités.
Mais 15/20 indique aussi quelque chose de net : Dark Souls 2 est un excellent jeu. Son hub mélancolique, sa liberté de build, son volume de contenu et surtout ses DLC en font une expérience que les fans de la série ne peuvent pas honnêtement ignorer. La réputation de maillon faible lui colle à la peau depuis 2014 et elle est partiellement méritée, mais elle occulte ce que le jeu réussit vraiment bien. Dark Souls 2 n'est pas Dark Souls 1. Il n'avait probablement pas vocation à l'être. Joué pour ce qu'il est, avec ses forces et ses défauts propres, il reste l'un des meilleurs action-RPG de sa génération.
Pour qui ?
Les joueurs qui veulent explorer ce que la série peut offrir en dehors des sentiers battus. Dark Souls 2 est le jeu le plus généreux en contenu de la trilogie et celui qui offre le plus de liberté dans la construction des personnages. Si vous avez déjà fini Dark Souls 1 ou Elden Ring et que vous cherchez un Souls-like avec plus de temps de jeu et une approche différente, Dark Souls 2 vaut le détour, à condition de jouer à la version Scholar of the First Sin.
Pas pour qui ?
Les joueurs qui arrivent de Dark Souls 1 en attendant la même cohérence de monde et la même rigueur de level design. Dark Souls 2 est un jeu différent dans son âme, et cette différence déçoit régulièrement ceux qui attendent une continuation directe de ce qui faisait la force du premier. Le système d'ADP en particulier peut transformer les premières heures en frustration incompréhensible si personne ne vous prévient de ce mécanisme.
Données du jeu
| Studio | FromSoftware |
|---|---|
| Éditeur | FromSoftware |
| Date de sortie | 11 mars 2014 |
| Plateformes | PC, PlayStation 5, PlayStation 4, Xbox Series X|S, Xbox One |
| Durée principale | 43h |
| Durée 100% | 62h |
| Metacritic | 91/100 |
| Steam | 77% d'avis positifs |
| Prix indicatif | 39.99 € |