Les notes en un coup d'oeil

14/20 JoueurLibre
76/100 Metacritic (presse)
73% Steam (joueurs)

Points forts

  • Une mécanique de Hookshot immédiatement satisfaisante et profonde à maîtriser
  • Direction artistique pixel art cohérente et identitaire
  • Bande originale et sound design de haute tenue
  • Boss conçus avec soin, mettant vraiment à l'épreuve la maîtrise du joueur
  • Difficulté honnête et bien calibrée, jamais injuste

Points faibles

  • Le gameplay se renouvelle trop peu sur la durée, les runs se ressemblent rapidement
  • Trop peu de boss pour rythmer correctement les sessions de jeu
  • La profondeur de build reste modeste face aux standards du genre

Tribute Games et l'art du pixel précis

Tribute Games, c'est ce petit studio montréalais qui a bâti sa réputation sur des hommages soignés à l'ère 8-bit et 16-bit. Derrière Mercenary Kings et Ninja Senki DX, on retrouve une équipe qui comprend instinctivement ce que signifie faire du jeu de plateforme exigeant avec du caractère. Flinthook, sorti le 18 avril 2017 sur PC et PlayStation 4 puis plus tard sur Nintendo Switch, est leur tentative de marier ce savoir-faire à la vague roguelite qui déferlait alors sur le marché indépendant. Dead Cells n'était pas encore sorti. Rogue Legacy avait tracé le chemin. Et Flinthook allait proposer quelque chose de visuellement et mécaniquement distinct : un pirate de l'espace armé d'un grappin, d'un pistolet et d'un pouvoir de ralentissement du temps.

Le contexte est important. En 2017, le roguelite est devenu un genre encombré. Pour exister, il faut une identité forte. Flinthook mise tout sur une mécanique de déplacement qui lui est propre : le Hookshot, ce grappin doré qui s'accroche à des anneaux spécifiques disséminés dans les salles générées procéduralement. On ne peut pas s'agripper à n'importe quelle surface. Il faut repérer les anneaux, viser, tirer, se propulser, et enchaîner tout ça en quelques fractions de seconde pendant qu'un squelette cosmique vous tire dessus. C'est une proposition claire, et elle fonctionne.

Capture d'écran

Le Hookshot comme langage

La grande réussite de Flinthook, c'est que son gameplay principal est immédiatement lisible et profond à la fois. Le Hookshot répond au quart de tour. La physique est franche, sans inertie parasite. On comprend en dix minutes comment ça marche, et on passe les heures suivantes à comprendre comment le maîtriser vraiment. Traverser une salle en enchaînant trois anneaux sans toucher le sol, en ralentissant le temps avec le Chrono-Bangle pour ajuster sa trajectoire et vider son chargeur sur un ennemi en plein vol, ça procure une satisfaction que peu de jeux de plateforme indépendants réussissent à distiller aussi proprement.

Le pistolet, le Blasma Pistol, se recharge automatiquement mais lentement. On ne peut pas spammer. Il faut gérer son économie de tirs, souvent en combinaison avec le ralenti du Chrono-Bangle qui consomme une jauge de Quickhook. Ces trois ressources, Hookshot, tirs et ralenti, forment un triangle mécanique cohérent. À cela s'ajoute un système de reliques et de bénédictions à collectionner entre les runs, avec des cartes à débloquer progressivement via le Book of Lore, le journal de bord qui archive les ennemis, les objets et les boss rencontrés. C'est le vernis roguelite classique, bien exécuté.

Les navires à piller sont générés procéduralement à partir de salles préfabriquées. On choisit ses prochains vaisseaux sur une carte de secteur, avec des icônes indiquant la difficulté, les bonus potentiels ou la présence d'un mini-boss. Ce système de draft allégé donne l'impression de construire sa run plutôt que de la subir, ce qui est exactement ce qu'on attend du genre.

Capture d'écran

Une direction artistique qui mérite le détour

Visuellement, Flinthook est une réussite sans ambiguïté. Le pixel art de Tribute Games a toujours été soigné, mais ici il atteint quelque chose de particulièrement cohérent. Les ennemis, les Cursed Crew et leurs nombreuses déclinaisons, les environnements de vaisseaux ennemis avec leurs salles vert vénéneux, leurs antichambres rouges sang ou leurs zones glacées aux teintes bleues désaturées, tout ça forme un univers qui a une identité. Le héros lui-même, Flinthook avec son masque de loup stylisé et son grappin lumineux, est immédiatement reconnaissable.

La bande originale composée par Jonathan Lavigne est dans la même veine : catchy, rythmée, pirate-spatiale dans le meilleur sens du terme. Les thèmes de boss en particulier ont cette tension qui monte exactement quand il le faut. Le sound design répond au même niveau de soin : le claquement du grappin sur un anneau, le son de ralentissement du Chrono-Bangle, les bruitages d'ennemis qui ont chacun leur signature sonore. C'est un jeu qui sonne bien, ce qui compte davantage qu'on ne le dit dans un genre où on enchaîne des dizaines de runs.

Capture d'écran

Les boss sont là, mais ils sont trop rares

Les boss de Flinthook sont de véritables points forts du jeu. Chaque grand pirate ennemi, comme le Captain Porkchop ou Voltan the Immortal, propose un pattern distinct qui met à l'épreuve la maîtrise du Hookshot et du ralenti de façon spécifique. On ne peut pas jouer ces confrontations en pilote automatique. Elles demandent d'avoir intégré les mécaniques, et la victoire est à chaque fois méritée.

Le problème, c'est qu'il n'y en a pas assez. La structure en secteurs de Flinthook répartit les boss de façon trop clairsemée, et on passe parfois plusieurs runs sans ressentir ce pic d'adrénaline que seul un bon duel de boss peut provoquer. Dans un roguelite, les boss sont souvent les moments qui donnent sens aux runs accumulées. Quand ils sont trop espacés, la progression perd de sa saveur.

Capture d'écran

La répétition comme plafond de verre

C'est ici qu'il faut être honnête. Flinthook souffre d'un problème que son gameplay élégant ne parvient pas à masquer sur la durée : il se renouvelle peu. Les salles procédurales varient dans leur agencement, mais les ennemis, les situations et les défis qu'on rencontre tournent vite en rond. Après une dizaine d'heures de jeu, ce qui représente déjà un investissement respectable pour un roguelite à ce prix, on a vu l'essentiel de ce que le jeu a à proposer mécaniquement.

Le pool de reliques et de bénédictions existe bien pour diversifier les runs, et certaines combinaisons offrent des synergies intéressantes. Mais comparé à ce que faisaient ses contemporains ou ce que Dead Cells allait faire quelques mois plus tard avec son système d'armes et de mutations, la profondeur de build de Flinthook reste modeste. On revient pour le feeling, pas pour découvrir quelque chose de fondamentalement nouveau. C'est agréable, mais ce n'est pas ce qui fait les roguelites qui durent des centaines d'heures.

La difficulté, elle, est bien calibrée. Le jeu ne ment jamais : quand on meurt, c'est rarement injuste. Les ennemis ont des patterns lisibles, les pièges sont signalés visuellement. Flinthook appartient à cette catégorie de jeux difficiles qui respectent le joueur, ce qui est plus rare qu'il n'y paraît.

14/20 : un roguelite de qualité, bridé par son propre manque d'ampleur

On met 14/20 à Flinthook. Les six points manquants ne sont pas là pour sévir mais pour désigner précisément ce qui empêche le jeu d'atteindre le rang des références du genre. La mécanique de Hookshot est excellente, la direction artistique est parmi les plus cohérentes du catalogue Tribute Games, les boss sont bien conçus et la bande originale est mémorable. Ce sont des qualités réelles, pas des consolations.

Mais un roguelite se mesure aussi à sa capacité à faire revenir le joueur sur des dizaines de runs avec l'impression que quelque chose de nouveau est toujours possible. Flinthook ne tient pas ce pari sur la durée. Le gameplay ne se renouvelle pas assez, le pool de contenu procédural montre ses limites trop tôt, et les boss, pourtant les meilleurs moments du jeu, sont trop peu nombreux pour sustenter l'envie de rejouer. C'est un jeu très bien fait qui manque d'ambition dans sa structure, ce qui est dommage quand les fondations mécaniques sont aussi solides.

Pour qui ?

Pour les fans de roguelites qui cherchent un jeu à la mécanique de déplacement originale et au style visuel fort, à consommer en sessions courtes et régulières. Pour ceux qui ont apprécié Rogue Legacy ou Mercenary Kings et veulent quelque chose de plus axé sur la précision de mouvement.

Pas pour qui ?

Pour les joueurs qui attendent d'un roguelite une profondeur de build et une variété de contenu capables de tenir sur des dizaines d'heures de jeu, comme Dead Cells ou Hades peuvent le faire. Pour ceux qui s'ennuient rapidement quand un jeu répète ses situations sans les enrichir.

Données du jeu

StudioTribute Games
ÉditeurTribute Games
Date de sortie18 avril 2017
PlateformesPC, PlayStation 4, Nintendo Switch
Durée principale 18h
Durée 100% 25h
Metacritic 76/100
Steam 73% d'avis positifs
Prix indicatif14.99 €