Les notes en un coup d'oeil

16/20 JoueurLibre
84/100 Metacritic (presse)
75% Steam (joueurs)

Points forts

  • Techniquement saisissant en 4K/60fps, notamment dans la Toundra Gelée
  • Les zones ouvertes traversées en Skiff apportent une vraie respiration sans dénaturer la formule
  • Jack entièrement réinventé comme partenaire tactique avec des capacités qui changent les combats
  • Rythme de campagne très bien tenu sur la majorité des onze heures
  • Kait Diaz, un protagoniste construit avec suffisamment de profondeur pour porter le récit

Points faibles

  • Les activités dans les zones ouvertes manquent de variété et se répètent rapidement
  • Le dernier acte expédie des fils narratifs qui auraient mérité plus de développement
  • La narration suppose une connaissance préalable de la série, ce qui aliène les nouveaux venus

The Coalition reprend les rênes et décide de tout remettre à plat

Gears 5 sort en septembre 2019 avec une pression considérable sur les épaules. The Coalition, le studio canadien mis en place par Microsoft en 2015 pour racheter la licence à Epic Games, avait déjà livré un Gears of War 4 solide mais conservateur, accueilli tièdement par la presse et les joueurs. La série avait besoin de se renouveler sans se renier. Avec Gears 5, le studio prend des risques mesurés mais réels : nouveaux protagonistes au premier plan, zones ouvertes inédites dans la franchise, et une ambition narrative plus personnelle que les épisodes précédents. Le résultat décroche un 84/100 sur Metacritic et des ventes largement portées par le Game Pass, où le jeu devient l'un des titres les plus joués de la plateforme à son lancement. Ce n'est pas un hasard si Microsoft a décidé de mettre ce jeu en vitrine de son service dès le premier jour.

Capture d'écran

Kait Diaz au centre, et c'est un choix qui change tout

Gears 5 opère un transfert de protagoniste que peu de franchises aussi ancrées dans leur personnage principal osent tenter. Marcus Fenix, figure tutélaire de la trilogie originale et père encombrant dans Gears 4, passe ici au second plan. C'est Kait Diaz qui mène l'enquête sur ses propres origines et son lien de sang avec la Reine Myrrah, antagoniste des trois premiers épisodes. Ce choix narratif est le plus ambitieux que The Coalition ait jamais fait, et il fonctionne en grande partie. Kait est un personnage construit avec suffisamment de profondeur pour porter un récit qui touche à la trahison, au deuil et à l'identité. Del et JD Fenix, ses compagnons, ne sont pas de simples faire-valoir : la relation entre JD et Marcus, marquée par un épisode sanglant que le jeu ne cache pas, donne à la deuxième moitié du scénario une vraie gravité émotionnelle.

Le problème, et il faut l'énoncer clairement, c'est que Gears 5 suppose une connaissance préalable de la mythologie de la série. L'histoire de la Connexion Imulsion, le contexte de la Guerre du Pendule, les implications politiques de la COG (Coalition Provisoire des Gouvernements), les origines des Locustes : tout cela est soit effleuré, soit supposé acquis. Un joueur qui découvrirait la série avec cet épisode comprendra les grandes lignes de l'intrigue mais passera à côté d'une partie significative de sa résonance émotionnelle. Gears 5 est un excellent point d'entrée visuel, mais un point d'entrée narratif imparfait.

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Les zones ouvertes : une modernisation qui respecte l'ADN du jeu

La décision la plus structurante de Gears 5 sur le plan du design est l'introduction de deux zones ouvertes distinctes, le Désert de Vasgar et la Toundra Gelée du Continent de Sera, traversées à bord du Skiff, un engin à voile propulsé sur les étendues enneigées ou sablonneuses. Ces espaces ne sont pas des open worlds au sens contemporain du terme : pas de systèmes de progression à l'échelle d'un RPG, pas de quêtes secondaires enchevêtrées sur cinquante heures. Ce sont plutôt des couloirs élargis, avec des camps ennemis optionnels, des reliques à collecter pour améliorer les composants de Jack, et des tombes de COG qui débloquent des apparences pour les personnages.

Ce que ces zones apportent concrètement, c'est une respiration. La série Gears a toujours été construite sur un rythme binaire : couloir tendu, arène de combat, couloir tendu, arène de combat. L'ouverture de ces environnements casse cette cadence de façon bienvenue et permet à l'atmosphère du jeu de s'installer différemment. La Toundra Gelée en particulier est un tour de force visuel : les jeux de lumière sur la neige, les ruines ensevelies à moitié découvertes par le vent, les tempêtes de particules qui réduisent la visibilité, tout cela crée des instants de contemplation inhabituels dans une franchise normalement axée sur la tension permanente. Sur Xbox One X en 4K natif à 60 images par seconde, c'est l'une des démonstrations techniques les plus impressionnantes de la génération à sa date de sortie.

La limite de ces zones ouvertes, c'est un level-design qui manque parfois d'inventivité dans les activités optionnelles elles-mêmes. Les camps ennemis suivent souvent le même schéma : quelques Locustes ou Ennemis de la Ruche en patrouille, une zone centrale à nettoyer, une caisse de relique à récupérer. The Coalition n'a pas eu le temps ou l'ambition de peupler ces espaces d'événements réellement surprenants. On fait le tour de ce que ces zones ont à offrir assez vite, et la deuxième traversée de la Toundra Gelée, en fin de jeu, perd une part de l'émerveillement initial précisément parce que le contenu ne s'est pas suffisamment renouvelé.

Capture d'écran

Jack transforme le combat, et c'est une évolution que la série attendait

Le robot utilitaire Jack, présent depuis Gears of War premier du nom comme simple outil d'ouverture de portes, est réinventé dans Gears 5 comme un vrai partenaire de combat. Via un arbre de compétences alimenté par des composants ramassés dans les niveaux, on peut le spécialiser dans plusieurs directions : attaque directe avec la capacité Rayon Flashbang qui aveugle les ennemis, soutien défensif avec le Bouclier de Porteur qui absorbe les dégâts pour un allié, ou infiltration avec le Piratage Ennemi qui retourne temporairement un adversaire contre ses propres alliés.

Ce dernier pouvoir, en particulier, change la façon d'aborder certaines arènes. Retourner un Buzzkill ou un Cyclope sur ses camarades n'est pas seulement satisfaisant, c'est une option tactique viable qui réduit la pression d'un groupe ennemi de façon spectaculaire. Jack participe également au relèvement des alliés à terre en mode multijoueurs coopératif, ce qui fluidifie considérablement les sessions à trois joueurs que le jeu supporte nativement. Son intégration n'est pas cosmétique : elle redessine de vraies décisions en combat.

Les combats eux-mêmes bénéficient d'une mobilité accrue par rapport aux épisodes précédents. La mécanique de tir à couvert reste la colonne vertébrale du jeu, mais Gears 5 encourage davantage les déplacements en cours d'affrontement, les flancs rapides, les exécutions au corps à corps pour régénérer des munitions. Les boss, notamment la Reine de la Ruche dans le dernier acte ou le Kraken en confrontation de mi-parcours, demandent de comprendre leurs patterns de vulnérabilité et de coordonner les capacités de Jack avec les angles d'attaque disponibles. Ce ne sont pas des rencontres révolutionnaires à l'échelle du genre, mais elles sont solides et lisibles.

Capture d'écran

Onze heures pour finir le jeu : le vrai problème, c'est qu'on en voudrait davantage

Selon les données de HowLongToBeat, la campagne principale de Gears 5 se boucle en un peu moins de onze heures pour un joueur qui ne s'attarde pas trop sur les activités optionnelles. C'est dans la moyenne haute pour un jeu d'action à la troisième personne, mais la construction du récit donne une impression de raccourci dans le dernier tiers. Le quatrième acte, resserré autour du siège de New Ephyra et du climax impliquant Reyna Diaz, expédie plusieurs fils narratifs ouverts dans les actes précédents. Le choix final que le jeu impose au joueur, moralement chargé, souffre de ne pas avoir été préparé avec suffisamment de temps de développement des deux options en présence. On comprend l'intention, on ressent moins le poids qu'elle aurait pu avoir avec trente minutes de jeu supplémentaires autour de ce moment.

Le mode horde, le mode Escape et le multijoueurs compétitif constituent un contenu post-campagne conséquent, mais ce sont des modes que les joueurs solo purs ignorent généralement. Sur le terrain de la campagne seule, Gears 5 aurait gagné à être un peu plus long ou un peu plus dense dans sa conclusion.

16/20 : une franchise qui mue, avec les cicatrices que ça implique

On met 16/20 à Gears 5. Ce score reflète un jeu qui prend de vrais risques, les assume et les réussit en majorité, sans atteindre la perfection qu'une exécution plus serrée aurait pu produire. Ce qui mérite d'être salué sans réserve : la beauté technique de l'ensemble, le travail de réinvention de Jack comme outil tactique, les zones ouvertes qui modernisent la formule sans la trahir, et un rythme de campagne tenu sur presque toute sa durée. Kait Diaz est l'un des meilleurs personnages que la franchise ait produits, et son arc mérite d'être vécu.

Ce qui pénalise la note : un level-design dans les zones optionnelles qui tourne en rond, un scénario qui suppose trop de culture préalable pour être pleinement accessible, et une fin de campagne qui manque de souffle là où elle aurait dû en avoir le plus. Ces défauts ne ruinent pas l'expérience, ils la plafonnent. Gears 5 est le meilleur jeu de The Coalition à ce jour, et l'un des meilleurs épisodes d'une série qui a failli s'essouffler. Il lui manque juste un dernier acte à la hauteur des deux premiers.

Pour qui ?

Les fans de la série Gears depuis les épisodes Xbox 360, curieux de voir la franchise se renouveler tout en restant fidèle à ses fondamentaux de cover-shooter tendu. Les joueurs Xbox qui cherchent une vitrine technique de leur console avec une campagne solo bien construite.

Pas pour qui ?

Les joueurs qui n'ont jamais touché à un Gears of War et qui espèrent comprendre tous les enjeux narratifs sans bagage préalable. Les amateurs d'open worlds généreux en contenu qui seraient déçus par la relative légèreté des zones ouvertes du jeu.

Données du jeu

StudioThe Coalition
ÉditeurXbox Game Studios
Date de sortie9 septembre 2019
PlateformesPC, Xbox Series X|S, Xbox One
Durée principale 11h
Durée 100% 19h
Metacritic 84/100
Steam 75% d'avis positifs