Les notes en un coup d'oeil
Points forts
- Fluidité et réactivité des mouvements améliorées par rapport à la trilogie Epic
- Réalisation technique impressionnante sur Xbox One, visuellement parmi les meilleures productions de 2016
- Final de campagne intense et bien construit
- Mode Horde 3.0 enrichi par un système de classes et de fortifications
- Multijoueur compétitif modernisé et équilibré
Points faibles
- JD Fenix manque de charisme et de profondeur face à l'héritage de Marcus Fenix
- Bestiaire des Essaims sans identité mémorable, incapable de rivaliser avec les Locustes
- Campagne répétitive dans sa structure, avec deux premiers actes nettement en retrait
- Formule quasi inchangée : aucune prise de risque narrative ou mécanique significative
The Coalition hérite d'un monument et doit faire ses preuves
Gears of War est l'une des licences les plus importantes de l'histoire de Xbox. La trilogie originale, développée par Epic Games entre 2006 et 2011, a vendu des dizaines de millions d'exemplaires et imposé des mécaniques de cover-shooter qui ont influencé toute une génération de jeux d'action. Cliff Bleszinski et son équipe avaient construit quelque chose de cohérent, brutal, et viscéral autour de Marcus Fenix et de ses Gears. Quand Microsoft rachète la licence et confie la suite à The Coalition, un studio interne fondé en 2014 à Vancouver spécifiquement pour gérer cet héritage, la question est simple : peut-on reprendre une franchise aussi identifiée à son créateur sans en perdre l'essence ?
Gears of War 4 sort en octobre 2016 simultanément sur Xbox One et PC, dans le cadre de la politique Play Anywhere de Microsoft. Il récupère une note Metacritic de 84/100, ce qui est solide sans être triomphal, et se vend correctement sans jamais atteindre les chiffres de la période dorée. On est face à un jeu techniquement accompli, conçu avec soin, mais qui peine à convaincre que The Coalition a vraiment quelque chose à dire au-delà de la compétence technique.

JD Fenix n'est pas son père, et c'est un problème
Le scénario de Gears of War 4 se déroule 25 ans après la fin de Gears of War 3. La Horde Locuste a été vaincue, l'humanité se reconstruit, et la Coalition du Gouvernement Unifié, la COG, impose un ordre autoritaire sur les quelques populations survivantes. On incarne James Dominic Fenix, dit JD, fils de Marcus Fenix, qui a déserté la COG avec ses amis Del Walker et Kait Diaz pour rejoindre les Outsiders, des communautés vivant en dehors du contrôle de la COG. L'histoire démarre quand ces communautés sont attaquées par une nouvelle menace : les Essaims, des créatures qui semblent partager une origine avec les Locustes.
Le problème, c'est JD. Marcus Fenix était un personnage taillé dans le marbre : bourru, traumatisé, portant le poids d'une guerre totale sur ses épaules. Il y avait quelque chose d'authentiquement épuisé dans son rapport au combat. JD, lui, est un soldat rebelle générique, avec des répliques qui cherchent à être décontractées sans jamais construire une vraie personnalité. Kait Diaz, personnage secondaire dans ce volet, se montre paradoxalement plus intéressante, et on comprendra pourquoi dans la suite de la trilogie avec Gears 5. Del Walker est sympathique mais peu mémorable. L'équipe fonctionne, mais elle n'a pas la texture de celle formée par Marcus, Dom, Cole et Baird que les joueurs de la trilogie originale ont appris à aimer. Quand Marcus lui-même apparaît dans le second acte, retraité sur sa ferme familiale, la différence de présence à l'écran est immédiate et un peu impitoyable pour JD.

Le gameplay s'affine sans se réinventer
The Coalition n'a pas cherché à révolutionner la formule. Gears of War 4 reste un cover-shooter à la troisième personne où on alterne entre fusillades derrière des couverts, exécutions au corps à corps avec la tronçonneuse du Lancer, et déplacements tactiques en équipe. Ce qui change, c'est la fluidité. Les transitions entre couvert et espace ouvert sont plus rapides, le personnage répond mieux, et certaines nouvelles actions comme attraper un ennemi par-dessus un couvert pour l'utiliser comme bouclier humain ajoutent de la variété. Le Dropshot, nouvelle arme qui tire des forages en arc de cercle, est une bonne idée. Le Buzzkill, qui projette des lames de scie rebondissantes, est satisfaisant à utiliser.
Mais après neuf heures de campagne, on a vu à peu près tout ce que le jeu a à proposer en termes de systèmes. Les arènes de combat se ressemblent. On arrive dans une zone, on identifie les couverts, on élimine les vagues d'ennemis, on avance. Cette structure était déjà celle de la trilogie originale, mais Epic Games la compensait par une progression narrative plus soutenue et une variété d'environnements plus marquée. Ici, les décors changent d'un acte à l'autre mais la sensation de déjà-vu s'installe rapidement. Les Essaims, le nouveau bestiaire, manquent singulièrement d'identité. Les Fantômes, les Rampants, les Pops : aucune de ces créatures ne provoque le même effet de surprise et d'inquiétude que les Locustes à leur introduction dans le premier Gears of War. Ils font le travail, ils remplissent les arènes, mais ils ne créent pas de moments mémorables.

Les deux premiers actes ne rendent pas service au reste
Il faut être honnête sur le rythme du jeu : Gears of War 4 met du temps à démarrer. Le premier acte, qui sert d'introduction aux nouvelles mécaniques et au nouveau trio de protagonistes, est correct sans être engageant. Le deuxième acte, autour de la ferme de la famille Fenix, est ralenti par des séquences de tempête qui modifient ponctuellement les conditions de combat mais sans que cela génère de tension durable. Ce n'est qu'à partir du troisième acte, quand l'histoire s'accélère et que les connexions avec la trilogie originale deviennent plus explicites, que le jeu trouve sa vitesse de croisière.
Le final, lui, est réussi. Sans tout dévoiler, la confrontation qui clôt le jeu justifie le cheminement et offre quelques-unes des meilleures séquences d'action du titre. C'est cohérent avec ce que la série a toujours su faire : construire vers un climax qui compense les longueurs du chemin. Mais sur neuf heures de jeu, passer les deux premières dans un état de relative indifférence, c'est un coût réel.

Techniquement, The Coalition prouve qu'il maîtrise son outil
Ce qu'on ne peut pas retirer à Gears of War 4, c'est la qualité de sa réalisation. Le jeu est visuellement impressionnant sur Xbox One, avec une gestion de la lumière et des effets environnementaux qui placent la barre très haut pour un titre de lancement de génération. Les animations sont soignées, les environnements sont denses et détaillés, et les cinématiques ont une tenue qui rivalise avec les meilleurs jeux d'action de l'époque. The Coalition a clairement investi dans la maîtrise technique du moteur Unreal Engine 4, et ça se voit.
Du côté multijoueur, les efforts de modernisation sont réels. Le mode Horde 3.0 introduit un système de classes et de fortifications qui enrichit sensiblement la formule coopérative de base. Les modes compétitifs ont été repensés pour répondre aux standards de 2016, avec des ajustements d'équilibrage et une progression plus lisible. Ce n'est pas une révolution, mais c'est un multijoueur qui tient la route et qui a su fidéliser une communauté sur la durée.
Un jeu qui regarde trop dans le rétroviseur
Le paradoxe de Gears of War 4, c'est qu'il est à la fois très bien fait et très peu nécessaire. The Coalition a clairement étudié ce qui faisait fonctionner la trilogie originale, et a reproduit ces ingrédients avec soin. Mais la reproduction, même fidèle, n'est pas la même chose que la création. Epic Games avait construit la formule Gears dans un contexte précis, avec une urgence narrative et une identité visuelle qui reflétaient une vision. The Coalition reconduit cette vision sans véritablement la prolonger ou la questionner.
Les Outsiders contre la COG auraient pu être le point de départ d'une réflexion politique plus intéressante sur le monde post-Locuste. La relation entre JD et Marcus portait le potentiel d'un drame générationnel réel. La menace des Essaims, dont les origines sont volontairement laissées floues pour nourrir la suite, aurait pu générer plus de mystère. Tout cela reste en surface. Gears of War 4 est un jeu qui joue la sécurité à chaque carrefour, et cette prudence est à la fois compréhensible pour un studio qui prenait en main une franchise aussi importante, et décevante pour quiconque espérait que la transition vers une nouvelle génération s'accompagnerait d'une véritable ambition narrative.
Gears 5, sorti en 2019, tirera les leçons de ces limites en plaçant Kait au centre et en prenant davantage de risques. Mais en 2016, Gears of War 4 ressemble surtout à une démonstration de compétence, ce qui est une base nécessaire mais pas suffisante pour marquer les esprits.
13/20 : solide, sûr, et un peu trop sage
On met 13/20 à Gears of War 4. The Coalition maîtrise la technique, respecte la formule, fluidifie les mouvements et livre un multijoueur modernisé qui justifie à lui seul une partie de l'investissement. Le final de la campagne est une vraie réussite, et visuellement le jeu n'a rien à envier à ce qui se faisait de mieux sur Xbox One en 2016. Ce sont des qualités réelles, pas des consolations.
Mais sept points sur vingt manquent, et ils désignent des problèmes précis. JD Fenix est un protagoniste sans aspérités dans une série qui a été bâtie sur des personnages abîmés et mémorables. Les Essaims ne font peur à personne. Les deux premiers actes sont en-deçà du reste et testent la patience. Et surtout, neuf heures après le début, on n'a pas l'impression d'avoir vécu quelque chose de neuf, mais d'avoir revisité quelque chose de familier avec un éclairage plus récent. Pour les fans de la série qui voulaient s'assurer que la licence était entre de bonnes mains, c'est rassurant. Pour ceux qui espéraient que Gears of War 4 redéfinirait ce que la franchise pouvait être, c'est une autre affaire.
Pour qui ?
Les fans de la trilogie originale qui veulent retrouver la formule Gears dans une enveloppe technique soignée et un multijoueur remis à niveau. Les joueurs Xbox One qui cherchent un cover-shooter coopératif bien réalisé avec une vraie rejouabilité en mode Horde.
Pas pour qui ?
Les joueurs qui attendent d'un quatrième épisode qu'il renouvelle les bases de la série : Gears of War 4 joue la sécurité à chaque étape et n'a rien de surprenant à offrir. Les nouveaux venus sans attachement à la licence risquent de trouver la campagne générique et son protagoniste peu convaincant.
Données du jeu
| Studio | The Coalition |
|---|---|
| Éditeur | Microsoft Studios |
| Date de sortie | 11 octobre 2016 |
| Plateformes | PC, Xbox One |
| Durée principale | 9h |
| Durée 100% | 14h |
| Metacritic | 84/100 |