Les notes en un coup d'oeil
Points forts
- La Sicile de 1900 reconstituée avec un soin et une crédibilité qui scotchent
- Un format linéaire de 14 chapitres et 15 heures qui dit non au remplissage open world
- Une vraie histoire avec un début, un milieu, une fin, et de l'émotion
- Le doublage français très juste, et les voix italiennes en option pour l'authenticité
- Enzo et Isabella, deux personnages qu'on suit volontiers jusqu'au bout
- Les phases au couteau pour les affrontements de boss, étonnamment satisfaisantes
- La direction artistique soignée (mines de soufre, vignobles, palais, ports)
- Un prix de sortie raisonnable (~50€) pour une production de cette qualité
- Le Free Ride Update gratuit de novembre 2025 a corrigé pas mal des reproches du lancement
- Le Mode Photo et le mode Cinema Siciliano (noir et blanc) ajoutent une vraie valeur
Points faibles
- La conduite des véhicules d'époque reste frustrante même avec la vue à la première personne
- Le gameplay tourne en boucle sur trois ingrédients (rouler, infiltrer, tirer)
- Les phases d'infiltration sont d'un classicisme téléphoné qui sent le déjà-vu
- L'IA des ennemis ne brillera pas dans les annales du jeu vidéo
- Quelques animations faciales décrochent encore par moments
- L'histoire reste très convenue dans ses grandes étapes, peu de surprises
- Pas de DLC histoire annoncé à ce jour, dommage pour les fans qui en redemandaient
Retour aux sources, et c'était une bonne idée
Hangar 13 a fait un choix courageux avec Mafia The Old Country : tirer un trait sur la formule open world des deux derniers épisodes pour revenir à une expérience linéaire, narrative, ramassée. Le jeu se vend autour de 50 euros (soit la moitié d'un AAA classique), affiche une durée de campagne d'environ 15 heures, et ne propose pas de quêtes annexes scénarisées dans le récit principal. C'est à prendre ou à laisser, et autant le dire d'emblée, on prend.
L'histoire nous emmène en Sicile, en 1902, et ça change. Plus de New York fictive, plus de bagnoles des années 30, plus de costumes trois pièces. À la place, des charrettes tirées par des chevaux, des automobiles primitives qui crachotent, des palazzos défraîchis, des vignobles écrasés de soleil et, surtout, des mines de soufre où s'épuisent des hommes et des enfants pour quelques lires. C'est dans ce décor qu'on rencontre Enzo Favara, jeune carusu (ouvrier des mines), dont la vie bascule après un accident qui coûte la vie à son meilleur ami. La famille Torisi, qui contrôle l'industrie locale, va le récupérer, le former, et faire de lui un soldat de la Cosa Nostra.

La Sicile comme personnage principal
Le premier vrai coup de cœur du jeu, c'est sa direction artistique. Les équipes de Hangar 13 ont visiblement passé du temps à se documenter sur la Sicile de la Belle Époque, et ça se sent à chaque plan. Les paysages alternent entre des terres arides parfumées d'agrumes, des villages perchés au blanc cassé, des intérieurs sombres lourds de tapisseries, des entrepôts portuaires animés. Les détails sont partout : un linge qui sèche entre deux fenêtres, un vieux qui joue aux cartes sur une table en bois, un cheval qui souffle dans la poussière. On a vraiment l'impression d'arpenter un pays vivant et pas un décor de carton-pâte.
L'ambiance sonore va dans le même sens. Les dialogues en italien (option qu'on recommande très chaudement, sous-titres français) portent les inflexions du dialecte sicilien, les chants traditionnels résonnent dans les tavernes, la musique de Jesper Kyd (déjà à l'œuvre sur Hitman et Assassin's Creed) accompagne le tout avec une retenue de bon aloi. C'est du grand soin, et pour un jeu qui joue tout sur l'immersion, c'est exactement ce qu'on attendait.
Les performances des comédiens sont également au-dessus de la moyenne du jeu vidéo. Enzo n'est pas un héros taillé à la serpe, c'est un jeune homme abîmé qui hésite, qui doute, qui craque parfois. Isabella, fille du parrain Torisi, n'est pas la potiche qu'on craignait : elle a son propre arc, ses ambitions, ses rancœurs. Les seconds rôles, du capodecina alcoolique au prêtre corrompu, ont chacun leur personnalité. C'est rare dans un jeu de ce gabarit, et ça mérite d'être souligné.

Une histoire classique, mais une vraie histoire
L'intrigue elle-même n'invente rien. Le carusu qui devient soldat, qui s'élève dans la hiérarchie criminelle, qui tombe amoureux de la fille du patron, qui doit choisir entre l'amour et le sang : tout cela, on l'a déjà vu. Pas de twist majeur, pas de révélation qui retourne le crâne, pas de subversion du genre. Si vous avez vu trois films de mafia, vous devinerez assez vite où ça va.
Mais il y a une différence entre une histoire classique mal racontée et une histoire classique bien racontée, et The Old Country est dans la deuxième catégorie. Le rythme est tenu, les chapitres ne s'éternisent pas, les personnages prennent le temps d'exister sans que la mise en scène ne traîne. Quelques scènes restent en tête : un repas de famille où la tension monte d'un mot à l'autre, une virée nocturne qui tourne mal, un face-à-face dans une cave à vin qui prend des minutes sans qu'on s'ennuie. Le jeu sait poser son ambiance, et c'est sa plus grande qualité.
Le format en 14 chapitres aide énormément. On sent qu'il y a eu un vrai travail d'écriture, avec une structure clairement pensée, et pas une succession de missions assemblées au kilomètre comme on le voit trop souvent dans les open worlds. Chaque chapitre a son propre ton, son propre lieu, son propre objectif. On termine le jeu en se disant qu'on a vu un récit complet, pas une accumulation d'activités.

Le gameplay, c'est l'autre histoire
Là où le bât blesse, c'est sur le plan ludique. Mafia The Old Country est un jeu d'action-aventure assez classique, qui repose sur trois mécaniques principales : la conduite, l'infiltration, et le tir/mêlée. Aucune de ces trois ne brille vraiment.
La conduite des véhicules de 1902 est un vrai problème. Les automobiles d'époque, on s'en doutait, ne tiennent pas la route comme une voiture moderne. Sauf que dans le jeu, elles ne tiennent pas la route tout court. Elles glissent, elles flottent, elles décrochent au moindre virage, et certaines courses-poursuites scénarisées deviennent franchement pénibles parce qu'on perd ses adversaires juste parce que la voiture refuse de tourner. Le Free Ride Update de novembre 2025 a ajouté une vue à la première personne pour la conduite, qui change un peu la sensation et l'immersion (les intérieurs sont superbes, les animations du conducteur sont au point), mais elle ne corrige pas les problèmes de physique sous-jacents. Les chevaux, eux, restent inchangés et donnent toujours l'impression de glisser sur un patin à glace. Pour un jeu où la conduite occupe environ un tiers du temps, c'est un défaut qui pèse.
L'infiltration, présente dans plusieurs chapitres, est d'un classicisme appuyé. On se cache derrière des murets, on attend qu'un garde tourne le dos, on l'assomme silencieusement, on cache son corps dans un coin. Si vous avez joué à un Assassin's Creed entre 2010 et 2018, vous savez exactement ce que vous allez faire. L'IA des ennemis ne pose aucun défi : ils ne se voient pas entre eux, ils ne s'inquiètent pas quand un collègue disparaît, ils refont les mêmes patrouilles aveugles. Quelques patchs depuis la sortie ont corrigé des bugs de comportement IA des compagnons (Luca, Cesare et compagnie qui restaient parfois bloqués), mais l'IA ennemie reste très basique.
Le combat à l'arme à feu repose sur un système de couverture très conventionnel, avec une visée assistée généreuse. C'est propre et lisible, mais on a vu cela mille fois depuis Gears of War. Heureusement, les armes de l'époque (revolvers, fusils à verrou, lupara à canon scié) ont un vrai poids et un vrai son, ce qui apporte une saveur sympathique. La difficulté Classic, ajoutée elle aussi par le Free Ride Update, retire l'aide à la visée et durcit nettement les affrontements. Pour les joueurs qui trouvaient le combat trop mou au lancement, c'est l'option à activer dès le début.

La belle idée du couteau
Au milieu de ce gameplay convenu, une mécanique sort du lot : les duels au couteau. Plusieurs boss du jeu se règlent à l'arme blanche, dans un système qui mêle parade, esquive, contre-attaque, et lecture des animations adverses. C'est nerveux, c'est dramatique, c'est filmé comme une scène de cinéma sicilien, et c'est probablement la meilleure idée mécanique du titre.
Ces affrontements ne sont pas révolutionnaires (on pense parfois à Sekiro en très simplifié), mais ils ont une vraie identité. Le couteau était l'arme du déshonneur dans la culture mafieuse, et le jeu joue avec cette charge symbolique. Quand Enzo croise le fer avec un rival, il y a un poids dramatique que les fusillades n'arrivent jamais à atteindre. On regrette presque que la formule soit réservée aux boss et pas étendue à plus de séquences.
Le Free Ride Update, gros geste post-launch
Au lancement, on critiquait l'absence totale de contenu annexe et de rejouabilité une fois la campagne bouclée. Hangar 13 a entendu et a publié, le 20 novembre 2025, le Free Ride Update, une mise à jour gratuite et copieuse qui mérite un paragraphe à part entière dans ce test.
Concrètement, ce nouveau mode propose un terrain de jeu en libre exploration sur des zones connues du jeu, avec des défis répétables de trois types : des affrontements de combat, des séquences d'infiltration, et des courses entre deux points avec un chrono à battre. Réussir ces défis fait gagner des Dinari, la monnaie locale, qui permet de débloquer de nouvelles tenues, breloques, armes et véhicules à utiliser dans le mode Free Ride. C'est typiquement ce qui manquait au lancement pour donner envie de relancer le jeu après les crédits.
L'update a aussi ajouté plusieurs petites pépites : un mode Photo digne de ce nom (réglages d'ouverture, filtres, prises en cinématique), un mode Cinema Siciliano qui passe le jeu en noir et blanc avec un grain à l'ancienne (et c'est sublime, on dirait un film de Visconti), une difficulté Classic pour les fans de challenge brut, et la fameuse vue à la première personne en voiture évoquée plus haut. Ce sont des bonus, mais des bonus de qualité, qui montrent un studio attentif aux retours de sa communauté.
Reste qu'on n'a pas un vrai bac à sable narratif comme dans Mafia 2 ou GTA. Le Free Ride est un terrain de défis, pas une ville vivante avec ses événements aléatoires et ses personnages secondaires. Et aucun DLC histoire n'est prévu pour le moment, ce que les fans ne manqueront pas de regretter. Hangar 13 reste sur sa ligne : The Old Country, c'est une histoire complète en 15 heures, point. Le reste est du bonus.
Pas de bac à sable, et c'est très bien
Une question revient inévitablement chez ceux qui ont aimé Mafia 2 ou Mafia 3 : où est la ville ouverte ? Réponse : nulle part. The Old Country fait le choix radical du tout-couloir, du tout-scripté, du tout-narratif. On ne se balade pas librement dans les rues de Palerme entre deux missions, on ne déclenche pas d'événements aléatoires, on ne pille pas de magasins. Le Free Ride apporte une forme de rejouabilité, mais ce n'est pas un bac à sable scénarisé.
Cette décision a dérangé une partie de la communauté Mafia, et c'est compréhensible : la liberté du bac à sable faisait partie de l'identité de la série depuis le deuxième épisode. Mais en 2025, où chaque jeu propose 80 heures de contenu artificiellement étiré, il y a quelque chose de rafraîchissant à voir un studio assumer une expérience de 15 heures, sans gras, sans remplissage, sans grind. Le prix réduit (50 € au lieu de 80) est cohérent avec cette ambition. Quand on termine The Old Country, on a vu un film de 15 heures, et c'est exactement ce qu'on était venu chercher.
Le jeu se rapproche en cela de productions comme A Plague Tale ou Hellblade, qui assument un format ramassé, narratif, sans fioritures. Ce n'est pas le format qui domine le marché, mais c'est un format qui mérite d'exister.
Une production solide qui assume ses limites
Techniquement, le jeu est propre, et il s'est bonifié au fil des patchs. Sur PS5 et Xbox Series, le 60 fps est tenu, les temps de chargement sont quasi inexistants, les bugs croisés en 15 heures se comptent sur les doigts d'une main. Le patch du jour 0 avait déjà bien optimisé la version PS5 Pro, et les mises à jour suivantes (août, septembre, novembre, décembre 2025) ont éliminé la grande majorité des problèmes de progression bloquée signalés au lancement. Les visages sont globalement bien modélisés, même si les animations faciales hors cinématiques décrochent parfois (un sourire qui dure trop longtemps, un regard qui ne suit pas le bon interlocuteur). Rien de rédhibitoire, mais on note que la barre que The Last of Us 2 a placée n'est pas atteinte ici.
L'absence totale de microtransactions, de battle pass, de DLC story payant à la sortie est aussi à saluer. Le jeu propose quelques DLC cosmétiques (Soldato Pack en pré-commande, Padrino Pack et Gatto Nero Pack pour l'édition Deluxe), plus quelques bonus liés à la possession d'autres jeux 2K (le taxi de Tommy Angelo si vous avez Mafia Definitive Edition, un costume Racketeer si vous avez TopSpin 2K25), mais rien d'agressif. Vous payez votre boîte, vous avez le jeu complet, point. Dans le paysage actuel, ce n'est plus une évidence et il faut le rappeler.
Verdict : un Mafia humble et touchant
14 sur 20 pour Mafia The Old Country, et c'est une note qu'on donne avec une certaine tendresse. Le jeu n'est pas un chef-d'œuvre, il ne révolutionne rien, il a même quelques défauts gameplay qu'on aimerait corriger. Mais il fait quelque chose de rare : il sait ce qu'il veut être et l'assume jusqu'au bout. Une histoire de gangster italien, en 15 heures, dans une Sicile sublime, racontée avec sérieux et avec cœur.
Pour le joueur qui a la nostalgie du premier Mafia (le vrai, celui de 2002), qui aime le cinéma de Coppola et de Scorsese, qui en a marre de cocher des points d'interrogation sur des cartes géantes, The Old Country est une excellente proposition. Il ne marquera pas l'histoire du jeu vidéo, mais il offre un de ces moments rares où l'on termine la campagne en se disant qu'on a vraiment vécu une histoire. Et c'est déjà beaucoup.
On regrettera surtout que la conduite, qui occupe une grosse partie du jeu, soit aussi peu maîtrisée, et que les patchs successifs n'aient pas attaqué cette physique défaillante (la première personne ne change pas le fond du problème). Mais le suivi général du jeu, avec un Free Ride Update gratuit et copieux, un Mode Photo, un mode Cinema Siciliano sublime et une difficulté Classic, montre un studio engagé sur la durée. Pour les joueurs qui ont attendu, c'est probablement le bon moment d'acheter : le jeu est plus complet aujourd'hui qu'à sa sortie. Et ça, dans une industrie où trop de productions sortent et puis basta, c'est un signal qui mérite d'être noté.
Pour qui ?
Ceux qui veulent une vraie histoire de gangster italien sur une quinzaine d'heures, sans avoir à nettoyer cinquante points d'intérêt sur une carte. Les amateurs des films Le Parrain, Il était une fois en Amérique, ou des séries type Boardwalk Empire trouveront ici une lettre d'amour à ce cinéma. Très bon choix aussi pour les joueurs fatigués des open worlds gonflés à 80 heures, qui veulent un vrai début, un vrai milieu, une vraie fin. Avec le Free Ride Update, l'expérience s'est aussi enrichie pour ceux qui veulent prolonger un peu après le générique.
Pas pour qui ?
Les joueurs qui cherchent un Mafia 2 ou Mafia 3 nouvelle génération, avec une ville ouverte, des activités annexes scénarisées, un sentiment de bac à sable complet. Le Free Ride ajoute des défis répétables et de la liberté, mais on reste loin de Liberty City ou de Lost Heaven. À éviter aussi pour les fans de gameplay nerveux et profond : le côté action est volontairement secondaire, au service du récit.
Données du jeu
| Studio | Hangar 13 |
|---|---|
| Éditeur | 2K |
| Date de sortie | 7 août 2025 |
| Plateformes | PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S |
| Durée principale | 12h |
| Durée 100% | 23h |
| Metacritic | 73/100 |
| Steam | 70% d'avis positifs |
| Prix indicatif | 49.98 € |