Les notes en un coup d'oeil

14/20 JoueurLibre
67/100 Metacritic (presse)
72% Steam (joueurs)

Points forts

  • La philosophie "vous n'êtes pas le héros" portée jusqu'au bout mécaniquement et narrativement
  • Le système de survie donne du sens à chaque décision et à chaque exploration
  • La magie exige un vrai investissement avant de récompenser, parmi les plus satisfaisantes du genre
  • Les conséquences de la mort (capturé, sauvé, abandonné) plutôt qu'un simple retour à un checkpoint
  • La rejouabilité via trois factions aux histoires distinctes
  • Le co-op local et online transforme l'expérience en aventure de survie partagée

Points faibles

  • Le système de combat est maladroit, les animations manquent de polish et l'IA des ennemis est faible
  • Les premières heures constituent un mur difficile à franchir sans patience
  • L'absence de voyage rapide devient pesante en fin de partie sur les allers-retours connus
  • La réalisation technique date même dans la Definitive Edition

68/100 sur Metacritic. Le chiffre le moins représentatif de l'année

Outward Definitive Edition est sorti en mai 2022 sur PC, PS4, PS5 et Xbox Series, développé par le studio canadien Nine Dots et publié par Focus Entertainment. Il regroupe le jeu de base de 2019 avec les deux extensions majeures, The Soroboreans et The Three Brothers, pour un total qui dépasse facilement les 60 à 80 heures selon le degré d'exploration. La presse lui a infligé un 68/100 sur Metacritic, recommandé par 25% des critiques professionnels. Steam raconte une histoire différente : 73% d'avis positifs sur plus de 23 000 évaluations. Cet écart entre presse et joueurs dit quelque chose de précis sur ce que le milieu pénalise : tout ce qui s'écarte du modèle établi.

Capture d'écran

Vous devez 150 pièces d'or à votre village natal

La plupart des RPG ouvrent sur une prophétie, un destin, un pouvoir dormant qui n'attend que vous. Outward ouvre sur une dette. Le personnage hérite d'un Prix du sang, une obligation familiale envers Cierzo, son village natal : rembourser une somme sous peine de perdre sa maison. Pas de monde à sauver, pas d'élu, juste un budget à équilibrer et un estomac à remplir. Nine Dots repositionne l'ensemble de la fantasy autour d'une idée simple et rarement assumée : vous êtes quelqu'un d'ordinaire dans un monde qui n'a aucune raison de vous ménager.

Cette philosophie va jusqu'au système de mort. Quand vous tombez dans Outward, le jeu ne vous renvoie pas à un checkpoint. Vous vous réveillez dans une situation défavorable déterminée par les circonstances : capturé par des bandits et dépouillé, sauvé par un passant qui vous a transporté à l'écart de votre destination, ou laissé pour mort dans un donjon avec vos objets éparpillés autour de vous. La mort a des conséquences logistiques et parfois narratives. Ce n'est pas du permadeath, mais ce n'est pas non plus une punition transparente. Cela change profondément le rapport au risque et à la planification.

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La survie comme colonne vertébrale du jeu

Outward n'intègre pas des mécaniques de survie parce que c'est une tendance. Faim, soif, fatigue, température, maladies, durabilité des équipements, nourriture qui se périme : ce système est le prisme à travers lequel l'exploration prend tout son sens. Préparer une expédition dans le Marais Béni, c'est prévoir quoi manger sur place, comment dormir sans se faire attaquer, quelles maladies peuvent frapper dans ce biome et comment s'en prémunir. Le monde d'Aurai, des plaines de la Chersonèse au Désert d'Abrassar, n'est pas un couloir à parcourir. C'est un territoire hostile qu'il faut comprendre avant de s'y aventurer.

Le système de magie pousse la même logique encore plus loin. Personne ne commence l'aventure avec des pouvoirs. Pour en obtenir, il faut trouver une ligne tellurique et choisir de sacrifier définitivement une portion de sa santé maximale ou de son endurance en échange de points de mana. Ce n'est pas un don, c'est un coût irréversible. Et une fois cette décision prise, construire des sorts demande des ingrédients, de la préparation, des combinaisons parfois contre-intuitives. La magie dans Outward figure parmi les plus satisfaisantes du genre précisément parce qu'elle demande quelque chose de concret avant de donner quoi que ce soit en retour.

À cela s'ajoute un mode coopératif en ligne et en local qui transforme complètement l'expérience. Jouer à deux dans Outward, c'est vivre une aventure de survie partagée où la division des tâches devient naturelle : l'un gère les réserves de nourriture, l'autre prépare les potions, les deux s'organisent avant chaque exploration sérieuse. La coopération n'est pas une fonctionnalité greffée : elle est dans l'ADN d'un jeu où survivre seul est déjà compliqué.

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Les défauts sont réels et méritent d'être nommés

Outward a des problèmes concrets. Le système de combat est maladroit : les animations manquent de fluidité, le feedback des coups est souvent insuffisant, et les ennemis ont une intelligence artificielle qui ne convaincra personne. Graphiquement, même la Definitive Edition ne dissimule pas ses origines 2019 à petit budget. L'écriture est fonctionnelle sans jamais être mémorable, et les arcs narratifs des trois factions, le Collectif de la Chambre bleue, la Sainte Mission d'Élatt et le Royaume héroïque de Levant, sont inégaux en qualité. Les premières heures peuvent décourager n'importe quel joueur qui attend un onboarding bienveillant.

L'absence de voyage rapide est un parti pris assumé, cohérent avec la philosophie de survie. Mais il a un coût réel en fin de partie, quand on navigue entre des régions connues pour boucler des quêtes secondaires. Ce n'est pas une erreur de conception, c'est une limite que le jeu ne cherche pas à masquer. Il faut y être préparé.

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14/20 : le RPG qui a eu raison de ne pas vouloir ressembler aux autres

Ce 14/20 est une conviction autant qu'une note. Outward Definitive Edition est l'un des rares RPG de ces dernières années à s'être posé la question de ce que voulait dire être un joueur ordinaire dans un monde extraordinaire, et à avoir construit chaque mécanique en réponse à cette question. Les 6 points manquants correspondent à un combat insuffisamment peaufiné, une réalisation technique modeste et une entrée dans le jeu qui ressemble à un mur. Ce sont des reproches légitimes. Mais ce que Nine Dots construit derrière ce mur, une survie qui a du sens, une magie qui a un coût, un récit de mort qui a des conséquences, mérite qu'on l'escalade. À 68/100 Metacritic, Outward est probablement le score le plus trompeur qu'un jeu de ce genre ait reçu ces dernières années.

Pour qui ?

Les joueurs en quête d'un RPG qui remet en question le statut du héros, patients, prêts à apprendre à tâtons et sensibles à l'idée que survivre peut être une fin en soi. Encore plus intéressant en co-op.

Pas pour qui ?

Les joueurs qui attendent un combat fluide, un onboarding guidé et une progression gratifiante dès les premières heures. Outward les perdra dans ses débuts difficiles sans jamais les rattraper.

Données du jeu

StudioMaximum Games
ÉditeurKoch Media
Date de sortie26 mars 2019
PlateformesPC, PlayStation 4, Xbox Series X|S, Xbox One, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2
Durée principale 33h
Durée 100% 90h
Metacritic 67/100
Steam 72% d'avis positifs
Prix indicatif39.99 €