Les notes en un coup d'oeil
Points forts
- Direction artistique inventive et cohérente sur chaque transformation
- Variété des modes de jeu : escrime, détective, ninja, pâtisserie, super-héroïne et bien d'autres
- Bande-son adaptée à chaque univers, mémorable dans les meilleurs niveaux
- Animations de Peach soignées avec des expressions distinctes selon les costumes
- Structure du Théâtre Étincelant bien rythmée, sans longueurs entre les transformations
Points faibles
- Difficulté quasi inexistante, même pour un public enfant : aucun boss ne demande d'adaptation réelle
- Transformations jamais approfondies au-delà de leur introduction : le potentiel de chaque mécanique est gâché
- Contenu annexe (Rubans Brillants) sans récompense significative et sans défi supplémentaire
- Aucune option de difficulté, aucun mode alternatif pour les joueurs qui veulent un minimum de résistance
Good-Feel, un studio qui sait faire des plateformers accessibles, mais jusqu'où va trop loin ?
Good-Feel, c'est le studio derrière Kirby's Epic Yarn en 2010 et Yoshi's Woolly World en 2015. Des jeux réputés pour leur direction artistique soignée, leur accessibilité assumée et une certaine douceur de design qui fait leur charme autant que leur limite. Princess Peach: Showtime!, sorti le 22 mars 2024 exclusivement sur Nintendo Switch, s'inscrit dans cette lignée avec une ambition déclarée : offrir à Peach son premier vrai rôle de protagoniste depuis Super Princess Peach sur Nintendo DS en 2005. Près de vingt ans d'attente. C'est long. Et la question qui se pose dès les premières minutes de jeu est simple : est-ce que Nintendo et Good-Feel ont utilisé ce temps pour construire quelque chose de mémorable, ou se sont-ils contentés de cocher une case ?
La réponse, après environ huit heures de jeu, est quelque part entre les deux. Princess Peach: Showtime! est un jeu agréable, visuellement inventif, qui multiplie les idées de gameplay avec une générosité réelle. Mais c'est aussi un jeu qui refuse systématiquement de pousser ses propres concepts jusqu'au bout, qui traite son public comme s'il était incapable de gérer la moindre difficulté, et qui se retrouve coincé dans une zone de confort si large qu'elle finit par étouffer l'expérience.

Le Théâtre Étincelant comme terrain de jeu : une bonne idée de structure
L'histoire place Peach au coeur du Théâtre Étincelant, une salle de spectacle magique gardée par Stella, un ruban doré qui devient la véritable partenaire de Peach tout au long de l'aventure. La vilaine Grappe et sa bande les Aigres ont envahi les lieux, corrompant chaque représentation en cours. Le scénario ne va pas plus loin que ça, et ce n'est pas vraiment là qu'on attend le jeu. Ce qui compte, c'est la mécanique centrale : chaque étage du théâtre correspond à un genre théâtral différent, et chaque niveau transforme Peach en un personnage radicalement différent.
Peach Escrimeuse dégaine son épée avec des enchaînements de parades et d'attaques directionnelles. Peach Détective fouille les décors à la recherche d'indices dans des séquences à la point-and-click light. Peach Ninja se déplace en silence et utilise des shurikens. Peach Pâtissière prépare des gâteaux en suivant des étapes rythmées. Peach Cowgirl lance son lasso. Peach Super-Héroïne vole et envoie des coups de poing surpuissants. La liste est longue, et c'est précisément là que le jeu montre sa vraie nature : chaque transformation est une mini-expérience de gameplay distincte, et le rythme entre ces expériences est bien géré. On ne reste jamais coincé trop longtemps dans un registre qui ne nous convient pas.
Stella, de son côté, sert mécaniquement à interagir avec les éléments dorés du décor, nettoyer la corruption violette des Aigres et déclencher certains passages spéciaux. Son intégration au gameplay est fluide, même si son rôle reste principalement cosmétique et narratif. Le fait que l'amitié entre Peach et Stella soit le moteur émotionnel du jeu est une direction sympathique, et les cinématiques, bien qu'en nombre limité, renforcent cette relation avec une écriture calibrée pour un jeune public sans jamais devenir irritante pour les adultes.

La diversité des transformations cache une profondeur qui n'existe pas
Le problème fondamental de Princess Peach: Showtime! est que cette variété de gameplay n'est jamais accompagnée d'une vraie montée en complexité. Peach Escrimeuse, par exemple, pourrait être le socle d'un système de combat avec timing de parade, gestion de l'endurance, combos conditionnels. Il n'en est rien. Les ennemis arrivent en ligne, on appuie sur le bon bouton au bon moment, et ils tombent. Les boss de fin de tableau, globalement lisibles dès le premier essai, ne demandent jamais d'adapter sa stratégie. Peach Détective, qui aurait pu proposer de vraies énigmes de déduction, se résume à interagir avec trois ou quatre zones surlignées dans l'ordre où le jeu vous les indique presque explicitement.
Ce n'est pas un problème ponctuel : c'est systématique. Chaque transformation est introduite avec soin, enseignée avec patience, puis répétée deux ou trois fois dans le niveau sans jamais exiger quoi que ce soit de plus du joueur. Les niveaux de Peach Ninja, qui auraient pu pencher vers du stealth exigeant, se traversent en marchant. Les niveaux de Peach Patineuse sont jolis à regarder et ne demandent littéralement aucun effort. Et le comble : les collectibles cachés, les Rubans Brillants et autres étoiles dispersés dans les niveaux, sont si visibles et si faciles d'accès qu'ils ne constituent aucun défi supplémentaire pour le joueur qui voudrait aller plus loin.
On a testé le jeu en cherchant activement un niveau de difficulté réglable, une option de défi supplémentaire, un mode qui propose quelque chose pour les joueurs au-delà de l'audience enfantine ciblée. Il n'existe pas. Nintendo a fait le choix de ne pas en proposer, et c'est un choix qui se défend théoriquement pour un jeu d'initiation. Sauf que même sur ce terrain, Kirby et le Monde Oublié, sorti en 2022 par HAL Laboratory, gérait mieux l'équilibre entre accessibilité et satisfaction : ses boss avaient de vrais patterns à mémoriser, ses niveaux proposaient un défi optionnel concret avec les niveaux Sauvage. Ici, rien de tout ça.

Une direction artistique qui sauve régulièrement les meubles
Ce serait injuste de ne pas reconnaître ce que le jeu fait bien, et il y a un domaine où Princess Peach: Showtime! est franchement convaincant : son esthétique. Chaque transformation s'accompagne d'un changement de costume pour Peach, d'une palette de couleurs différente et d'un design de niveau cohérent avec le genre évoqué. Les tableaux de Peach Pâtissière sont gorgés de crème et de couleurs pastel. Les niveaux de Peach Détective jouent avec les ombres et les plans inclinés dans un clin d'oeil au film noir. Les séquences de Peach Super-Héroïne adoptent une esthétique comic book avec des cases qui explosent à l'écran.
Good-Feel maîtrise cet aspect du game design depuis ses débuts. Le studio sait habiller ses jeux, leur donner une identité visuelle forte même quand le gameplay sous-jacent est limité. La Switch affiche l'ensemble proprement, sans ralentissements notables, et les animations de Peach en particulier sont soignées : chaque costume a ses propres transitions, ses propres expressions faciales, ses propres micro-animations qui donnent de la personnalité au personnage. C'est peut-être là que l'investissement du studio est le plus visible, et ça compte.
La bande-son mérite aussi une mention. Chaque univers de transformation a son propre registre musical, du jazz feutré pour les séquences de détective aux percussions enlevées pour les niveaux de Peach Ninja. Les thèmes ne s'oublient pas immédiatement après avoir posé la manette, et certains accompagnent les boss avec une mise en scène sonore qui ajoute de l'énergie à des affrontements qui en manquent souvent par ailleurs.

Un jeu pour enfants qui n'est même plus difficile pour les enfants
C'est la critique la plus sérieuse qu'on puisse faire au jeu, et elle mérite d'être formulée sans détour. Princess Peach: Showtime! n'est pas simplement un jeu accessible ou un jeu destiné aux jeunes joueurs. C'est un jeu qui a éliminé toute forme de résistance au point de se priver lui-même d'une grande partie de ce qui rend un jeu vidéo satisfaisant. Un enfant de sept ans qui découvre les jeux vidéo peut légitimement se sentir peu stimulé ici. Les rares moments où un ennemi touche Peach n'ont presque aucune conséquence : la jauge de vie est généreuse, les points de contrôle sont omniprésents, et en cas d'échec répété, le jeu propose une aide automatique qui rend les passages encore plus simples.
La durée de vie d'environ huit heures pour la progression principale n'est pas scandaleuse en soi pour un jeu vendu 59,99 euros au lancement, mais elle l'est davantage quand on réalise que le 100 % ne demande pas beaucoup plus d'efforts ni de temps. Les Rubans Brillants à collecter dans chaque niveau constituent l'essentiel du contenu annexe, mais leur collecte n'apporte aucune récompense significative autre qu'un compteur qui progresse. Aucun déblocage de costume, aucun niveau caché d'une difficulté différente, aucun Boss Revanche dans des conditions plus exigeantes. L'enveloppe est jolie, mais elle est vide plus vite qu'elle ne devrait l'être.
Nintendo a communiqué sur le jeu en insistant sur le fait que Peach méritait enfin son propre titre solo majeur. C'est vrai. Mais lui offrir un jeu solo majeur aurait aussi signifié lui offrir un jeu à la hauteur de ce statut, avec une vraie courbe de progression, de vrais enjeux de gameplay, une vraie raison de pousser le joueur à revenir. Sur ces points, Princess Peach: Showtime! ne tient pas la distance face à ce que Nintendo lui-même est capable de produire.
11/20 : trop gentil pour son propre bien
On met 11/20 à Princess Peach: Showtime!. La note salue une direction artistique réelle, une structure de jeu inventive dans son concept, une bande-son cohérente et une volonté sincère de donner à Peach une identité propre à travers ses transformations. Ce n'est pas un mauvais jeu. C'est un jeu bien fabriqué sur le plan visuel et sonore, et les huit heures passées dedans ne sont pas désagréables.
Mais 9 points sur 20 manquent parce que la profondeur de gameplay est inexistante, que la difficulté est si basse qu'elle prive l'expérience de toute satisfaction réelle, que les transformations, aussi nombreuses et variées soient-elles, ne sont jamais poussées au-delà de leur tutoriel, et que le contenu annexe est trop maigre et trop peu récompensant pour justifier un retour après le générique. Good-Feel a livré un jeu propre, sage, confortable. C'est exactement le problème.
Pour qui ?
Les très jeunes joueurs qui découvrent les jeux vidéo sur Switch et cherchent une introduction sans friction à des genres variés. Les fans inconditionnels de Peach qui voudront voir le personnage mis en valeur pour la première fois depuis près de vingt ans.
Pas pour qui ?
Tout joueur habitué à une courbe de progression normale : la difficulté est si absente qu'elle rend les transformations pourtant créatives complètement sans enjeu. Les parents qui cherchent un jeu capable de stimuler un enfant de plus de six ou sept ans passeront à côté.
Données du jeu
| Studio | Good-Feel |
|---|---|
| Éditeur | Nintendo |
| Date de sortie | 22 mars 2024 |
| Plateformes | Nintendo Switch |
| Durée principale | 8h |
| Durée 100% | 18h |
| Metacritic | 74/100 |