Les notes en un coup d'oeil

17/20 JoueurLibre
93/100 Metacritic (presse)
97% Steam (joueurs)

Points forts

  • La parade au couteau ajoute une couche tactique brillante au combat, sans dénaturer la formule d'origine
  • Le RE Engine porte à un niveau supérieur des décors qui étaient déjà mémorables sur GameCube
  • Ashley est nettement mieux écrite et beaucoup moins pénible à escorter qu'en 2005
  • 93 sur Metacritic PS5 et plus de 7 millions de copies vendues en une année
  • Le village d'ouverture refait reste l'une des séquences d'attaque les plus grisantes de la décennie
  • Le marchand et son économie de craft sont préservés et même enrichis
  • Le DLC Separate Ways d'Ada Wong (gratuit puis vendu) prolonge le jeu avec qualité

Points faibles

  • Quelques sections de l'île restent inférieures au village et au château, comme dans l'original
  • La nouvelle écriture des cinématiques perd parfois l'humour décalé qui faisait le charme de Leon
  • Krauser est un peu sous-développé par rapport au matériau qu'on pouvait en tirer
  • Quelques choix de design moderne (cases craftables, soin automatique) cassent un peu la tension de gestion
  • La fin de jeu accuse une légère baisse de rythme

Refaire un intouchable, le pari le plus risqué de Capcom

Sorti en mars 2023 sur PS4, PS5, Xbox Series X|S et PC, Resident Evil 4 Remake était probablement le projet le plus risqué de Capcom depuis dix ans. L'original de 2005 est un monument du jeu vidéo, un titre que beaucoup considèrent comme l'un des cinq meilleurs jeux d'action jamais conçus. Y toucher, c'était prendre le risque de gâcher un héritage. Le faire avec un budget AAA et un studio à temps plein, c'était aussi une affirmation : nous pouvons faire mieux. Le résultat valide la prise de risque.

Le jeu obtient 93 sur Metacritic PS5, dépasse les 7 millions de copies vendues en un an, et obtient une accueil critique et public quasi-unanime. Capcom a réussi ce que beaucoup pensaient impossible : refaire Resident Evil 4 sans le trahir, tout en y ajoutant suffisamment de modernité pour que le titre tienne son rang en 2023 à côté des productions contemporaines les plus ambitieuses.

Capture d'écran

Le village, retravaillé sans être dénaturé

La séquence du village d'ouverture est probablement la première chose que tout le monde a voulu voir dans le remake. Capcom l'a refait avec un soin maniaque : la disposition des bâtiments est presque identique à l'original, la scierie, le moulin et le clocher sont là, la cinématique de Leon découvrant les villageois autour du feu est reproduite presque plan par plan, et la cloche qui sonne pour mettre fin à l'attaque arrive au bon moment. Les nouveautés sont dans les détails : météo dynamique, animations plus réalistes des Ganados, possibilité de fortifier davantage les portes, ouvertures de toits jamais accessibles dans l'original.

Le résultat tient sa promesse : c'est encore aujourd'hui l'une des séquences d'attaque de groupe les plus grisantes du jeu vidéo, et le remake l'élève sans la trahir. On retrouve la même densité tactique, la même tension de gestion, le même moment de soulagement quand la cloche sonne. Les fans de l'original peuvent comparer plan par plan et constater qu'aucun élément essentiel n'a été perdu.

Capture d'écran

La parade au couteau, l'innovation centrale

La grande nouveauté mécanique, c'est la parade au couteau. Leon peut bloquer les attaques au corps à corps avec son couteau s'il anticipe correctement, et il peut même renvoyer certains projectiles. Le couteau se dégrade à l'usage et doit être réparé chez le marchand, ce qui crée une boucle d'usure et de gestion supplémentaire. Cette mécanique change profondément les engagements : on peut désormais se permettre de se laisser approcher par un Ganado, voire de courir vers lui pour le contre-attaquer, là où l'original imposait de toujours créer de la distance.

Le système ne casse pas l'équilibre du jeu, parce que le couteau a une réserve de durabilité limitée et que sa réparation coûte de précieuses pesetas. Mais il offre une option défensive supplémentaire qui rend le combat plus moderne et plus dynamique. Les vétérans peuvent l'utiliser à fond pour transformer le jeu en un ballet rapproché, les débutants peuvent l'ignorer et garder leur distance comme dans l'original. C'est un ajout intelligent, parce qu'il s'intègre sans imposer son usage.

Capture d'écran

Ashley, le grand soulagement

Dans l'original de 2005, Ashley Graham était l'un des défauts récurrents : son IA d'escorte était limitée, ses « Leon, help ! » revenaient en boucle, et les séquences où il fallait la protéger derrière les grilles cassaient régulièrement le rythme. Le remake corrige le problème de fond. Ashley est mieux écrite, plus utile (elle peut interagir avec certains éléments du décor, fournir un appui mineur sous certaines armes), et surtout, ses sections d'escorte sont nettement plus fluides.

Le passage où Ashley est seule, dans le château, a aussi été retravaillé en quelque chose de plus intéressant que la séquence assez plate de l'original. Elle doit s'infiltrer, éviter les armures qui patrouillent, résoudre des énigmes basées sur son point de vue. Ce n'est pas le sommet du jeu, mais c'est un net progrès par rapport à 2005, et ça rend le personnage plus tridimensionnel.

Capture d'écran

Le château et l'île : suivre les forces et faiblesses de l'original

Le château de Salazar reste le sommet visuel du remake. L'architecture gothique exagérée, les pièges médiévaux, les chevaliers en armure, l'écriture grotesque de Salazar lui-même : tout fonctionne aussi bien que dans l'original, avec un rendu nettement supérieur. Quelques sections ont été ajoutées ou allongées, d'autres condensées, mais l'esprit est préservé.

L'île reste, comme dans l'original, le moment le plus faible. Le level design est plus rectiligne, les soldats d'Umbrella sont moins intéressants que les Ganados, et l'enchaînement final de boss et de séquences scriptées perd un peu en inspiration. Krauser bénéficie d'un combat retravaillé qui se laisse jouer, mais son arc narratif aurait mérité plus de profondeur. Le remake reproduit donc fidèlement la courbe de qualité de l'original : un premier tiers extraordinaire, un deuxième tiers très bon, un troisième tiers correct.

Separate Ways et la suite après crédits

Sorti en septembre 2023, le DLC Separate Ways propose la campagne d'Ada Wong en parallèle des événements de Leon. Comme dans l'original, on revit certains moments du jeu depuis un autre point de vue, avec un gameplay légèrement modifié (grappin pour Ada). Le contenu dure entre quatre et six heures et apporte une vraie valeur ajoutée : nouveaux boss, nouvelles séquences, contexte additionnel pour comprendre certaines actions de Leon. Pour les fans, c'est un complément quasi obligatoire ; pour les nouveaux venus, c'est un bonus à découvrir après la campagne principale.

Un sommet de remake

17/20 pour le Remake de Resident Evil 4. C'est le rare cas où une œuvre majeure peut coexister avec son original sans le rendre obsolète. Le remake réussit le double exploit de moderniser l'expérience pour les standards de 2023 et de respecter ce qui faisait la force de l'œuvre de 2005. La parade au couteau, le travail sur Ashley, les améliorations visuelles et la fluidité moderne suffisent à justifier la version 2023 même pour les fans de la première heure.

L'original reste utile pour comprendre l'évolution du game design, et il garde une pureté de propos que le remake dilue un peu par moments. Mais si vous n'avez à choisir qu'une seule version pour découvrir Resident Evil 4 en 2026, c'est probablement le remake qui s'impose : il est plus accessible, plus confortable, et reste au sommet du genre quinze ans après que l'original ait inventé ses règles. Une réussite presque sans bémol.

Pour qui ?

Tous les joueurs qui veulent un jeu d'action-horreur moderne, exigeant techniquement et généreux en contenu. C'est un excellent point d'entrée pour qui n'a jamais touché à Resident Evil 4 : on profite de la formule iconique avec les conforts de jeu actuels (visée en mouvement, parade, mobilité). C'est aussi recommandé aux fans de l'original qui acceptent qu'un remake propose un point de vue distinct sans forcément remplacer la version qu'ils ont aimée.

Pas pour qui ?

Les puristes qui considèrent que tout reboot d'un classique est une trahison ne seront pas convaincus. Resident Evil 4 Remake assume des choix narratifs et tonals différents de l'original : Leon est moins dans le second degré, Ashley est plus active, Luis est plus présent. Ces ajustements peuvent agacer ceux qui ont l'original gravé dans la mémoire. Les amateurs purs de survival horror lent et oppressant trouveront aussi le jeu trop orienté action.

Données du jeu

StudioCapcom Development Division 1
ÉditeurCapcom
Date de sortie24 mars 2023
PlateformesPC, PlayStation 5, PlayStation 4, Xbox Series X|S, Xbox One, Mobile
Durée principale 14h
Durée 100% 32h
Metacritic 93/100
Steam 97% d'avis positifs
Prix indicatif39.99 €