Les notes en un coup d'oeil
Points forts
- La difficulté élevée et exigeante, fidèle à l'ADN de la série
- La génération procédurale de niveaux offrant une durée de vie théoriquement infinie
- Les combats de boss inventifs avec des patterns bien construits
- Les versions Dark World qui poussent chaque chapitre dans ses retranchements
- Le système de partage de seeds entre joueurs
- Un roster de personnages déblocables qui varient subtilement le gameplay
Points faibles
- Le passage au format runner automatique réduit drastiquement la richesse du contrôle de l'original
- La génération procédurale produit des sections parfois structurellement bancales, proches de l'impossible non par difficulté mais par mauvais agencement
- Un développement de six ans pour un résultat qui semble pensé avant tout pour le marché mobile
Team Meat avait dix ans pour faire la suite. Le résultat est plus compliqué qu'on ne l'espérait.
Super Meat Boy est sorti en 2010 et a immédiatement redéfini ce que pouvait être un jeu de plateforme indépendant difficile. Développé par Edmund McMillen et Tommy Refenes sous le nom de Team Meat, il est devenu une référence absolue du genre : plus de 2 millions de copies vendues, des notes presse autour de 90/100 sur Metacritic, et un statut de jeu culte qui a ouvert la porte à toute une génération de plateformers punitifs. Dix ans plus tard, Tommy Refenes, seul aux commandes depuis le départ de McMillen pour créer The Binding of Isaac, livre Super Meat Boy Forever. La sortie a lieu le 23 décembre 2020 sur PC et Nintendo Switch, puis progressivement sur PlayStation 4 et mobile. Et le résultat est un jeu qui assume des choix de design radicaux, parfois brillants, parfois profondément frustrants.

L'histoire reprend là où on avait laissé nos héros de viande
Le scénario de Super Meat Boy Forever ne cherche pas la subtilité, et c'est très bien ainsi. Meat Boy et Bandage Girl ont fondé une famille. Leur fille, Nugget, est arrachée à eux par le Dr Foetus, le fœtus en costume de la série, qui les assomme avec une pelle rouillée avant de prendre la fuite. La prémisse est posée en quelques secondes d'animation et le jeu démarre aussitôt. Ce parti pris narratif minimal est une marque de fabrique de la série : pas de dialogues, pas de cinématiques interminables, juste une motivation claire et une urgence immédiate. Le ton est volontairement absurde, les animations sont expressives et le Dr Foetus conserve tout son potentiel comique de grande méchanceté ridicule. On ne joue pas à Super Meat Boy Forever pour l'histoire, mais la cohérence de l'univers est là, intacte.

Le vrai changement : Forever est un runner, pas un plateformer classique
C'est ici que les choses deviennent sérieuses. Super Meat Boy Forever n'est pas Super Meat Boy avec plus de niveaux. C'est un jeu fondamentalement différent dans sa mécanique de base. Dans l'original, on contrôlait la direction du personnage, sa vitesse, ses sauts avec une précision totale. Ici, Meat Boy et Bandage Girl avancent automatiquement vers la droite en permanence. On ne dispose que de deux boutons : saut et attaque. Appuyer longuement sur saut donne un grand saut, appuyer brièvement donne un saut court. L'attaque permet de frapper les ennemis, de faire un plongeon en l'air ou de glisser au sol. C'est tout. Ce changement de paradigme est clairement motivé par la volonté de rendre le jeu accessible sur mobile, où une conception en runner fait sens. Sur PC ou Switch, cette décision se ressent comme une limitation. La richesse du contrôle de l'original, ce sentiment de maîtrise absolue sur le moindre pixel de déplacement, est absente. On ne pilote plus un personnage, on répond à des obstacles.
Cela dit, il serait malhonnête de dire que le système ne fonctionne pas. Dans ses meilleurs moments, Super Meat Boy Forever demande une lecture très rapide de l'environnement, une gestion précise du timing des sauts et une utilisation intelligente du plongeon pour passer sous des pièges ou rebondir sur des ennemis. Le jeu force à développer de nouveaux réflexes, et la satisfaction d'enchaîner une section complexe sans mourir reste bien présente. Mais la marge de créativité dans le déplacement est beaucoup plus étroite que dans le premier volet.

La génération procédurale : bonne idée, exécution inégale
La grande promesse de Super Meat Boy Forever est sa génération procédurale de niveaux. Chaque partie commence avec une seed, une graine numérique qui détermine l'agencement de tous les niveaux du jeu. Cela signifie que deux joueurs ne traverseront pas exactement le même Super Meat Boy Forever, sauf s'ils partagent leur seed, ce qui est rendu possible par le jeu. On peut donc recommander une configuration particulièrement sadique à un ami, ou au contraire en recevoir une plus accessible pour progresser.
Sur le papier, c'est une idée séduisante qui garantit une durée de vie théoriquement infinie et évite la mémorisation mécanique des niveaux qui caractérisait l'original. En pratique, la génération procédurale produit des résultats très variables. Certaines combinaisons d'obstacles s'enchaînent de manière fluide et élégante, créant des sections qui semblent avoir été designées à la main. D'autres accumulent des éléments de manière maladroite et donnent naissance à des passages qui frôlent l'injouable, non pas parce qu'ils sont difficiles, mais parce qu'ils semblent mal construits. La difficulté de Super Meat Boy Forever est déjà élevée par défaut : le jeu commence relativement doucement et monte rapidement vers des exigences de précision au dixième de seconde près. Quand la génération procédurale ajoute par-dessus une couche d'imprévisibilité structurelle, le résultat peut décourager même les joueurs habitués au genre.
Le jeu est divisé en plusieurs chapitres, chacun avec son environnement visuel distinct : la forêt, le laboratoire du Dr Foetus, les zones plus tardives qui introduisent de nouveaux pièges et ennemis. À la fin de chaque chapitre, un combat de boss attend le joueur. Ces séquences sont parmi les plus réussies du jeu. Chaque boss a des patterns clairs mais demande une adaptation rapide, et le format runner s'y prête particulièrement bien. La confrontation avec le Dr Foetus en personne, plusieurs fois remaniée au fil des chapitres, est un point fort indiscutable.

Les Dark World et les personnages déblocables sauvent la profondeur du contenu
Comme dans l'original, chaque chapitre possède une version Dark World, accessible une fois le chapitre normal terminé. Ces versions reprennent les mêmes niveaux mais les modifient significativement pour les rendre nettement plus exigeants. La Dark World est là où Super Meat Boy Forever révèle vraiment ses dents, et où les joueurs qui cherchaient la difficulté de l'original trouveront quelque chose qui s'en approche.
Le roster de personnages déblocables ajoute une couche de variété bienvenue. En progressant, on déverrouille des personnages alternatifs avec des statistiques légèrement différentes : certains sautent plus haut, d'autres se déplacent plus vite, ce qui change subtilement l'approche de certains niveaux. Ces déblocages donnent une raison de continuer à jouer au-delà de la progression principale et constituent une récompense concrète pour la persévérance.
Dix ans de développement pour un jeu qui ressemble à un projet de transition
Le problème central de Super Meat Boy Forever est le décalage entre ses ambitions affichées et ce qu'il délivre réellement. Annoncé pour la première fois en 2014, le jeu a connu un développement chaotique, repoussé plusieurs fois avant de sortir six ans plus tard. Le résultat final donne l'impression d'un jeu qui a cherché à se réinventer pour conquérir le marché mobile sans jamais vraiment trouver l'équilibre entre cette accessibilité nouvelle et la profondeur attendue par les fans de la série.
Sur le plan visuel, le jeu est propre et lisible, ce qui est une priorité dans un genre où la mort vient souvent d'un obstacle mal perçu. Les animations sont fluides, les personnages sont expressifs et les environnements sont variés même si on est loin d'une réalisation qui marque les esprits. La bande-son, signée comme le premier volet par des artistes issus de la scène chiptune et métal, fait son travail sans atteindre les sommets de l'original.
La réception critique a été globalement mitigée, avec des notes presse oscillant autour de 70/100, très en deçà des scores du premier Super Meat Boy. Les fans de la série ont été les plus divisés : beaucoup ont salué l'effort de renouvellement tout en regrettant la perte du contrôle précis qui faisait l'identité du jeu. Sur les plateformes mobiles, en revanche, le format runner trouve davantage sa justification et le jeu y reçoit un accueil plus favorable.
13/20 : un runner honnête qui trahit doucement l'héritage de l'original
On met 13/20 à Super Meat Boy Forever. Les sept points manquants désignent principalement un choix de design fondamental qui affaiblit ce qui faisait la force de la série : en passant au format runner automatique pour des raisons largement liées au marché mobile, Team Meat perd la précision et la richesse du contrôle qui définissaient Super Meat Boy. La génération procédurale, séduisante sur le principe, produit des résultats trop inégaux pour être défendue sans réserve, et certaines sections générées peuvent atteindre un niveau de frustration qui n'est plus de la difficulté bien dosée mais de l'aléatoire mal assemblé.
Ce qui mérite d'être salué : les combats de boss sont inventifs et bien construits, les Dark World offrent un défi supplémentaire solide pour ceux qui en veulent plus, le système de seeds partagées est une vraie bonne idée communautaire, et la difficulté globale reste dans l'esprit brutal de la série même si les moyens d'y répondre sont plus limités. La durée de vie est en théorie infinie grâce à la génération procédurale, ce qui est un argument réel pour les joueurs les plus acharnés.
Super Meat Boy Forever est un jeu recommandable aux joueurs qui cherchent un runner difficile avec de la profondeur. Il est plus difficile à recommander à ceux qui attendaient une vraie suite à Super Meat Boy. Ce n'est pas le même jeu, et cette différence se paie comptant.
Pour qui ?
Pour les joueurs qui ont aimé les runners punitifs et cherchent un défi de précision au timing serré, avec suffisamment de contenu pour des dizaines d'heures de jeu. Également pour les fans de Super Meat Boy prêts à accepter un spin-off dans l'esprit de la série plutôt qu'une vraie suite.
Pas pour qui ?
Pour les joueurs qui attendaient Super Meat Boy 2 avec le contrôle total et la précision absolue du premier volet : ce n'est pas ce jeu. Les joueurs peu tolérants à la frustration aléatoire générée par la procédure passeront de mauvais moments sans récompense à la hauteur.
Données du jeu
| Studio | Team Meat |
|---|---|
| Éditeur | Team Meat |
| Date de sortie | 23 décembre 2020 |
| Plateformes | PC, PlayStation 4, Xbox One, Nintendo Switch, Mobile |
| Metacritic | 66/100 |
| Steam | 60% d'avis positifs |