Les notes en un coup d'oeil

14/20 JoueurLibre
80/100 Metacritic (presse)
59% Steam (joueurs)

Points forts

  • Les environnements de Cyrodiil entièrement retravaillés avec un éclairage volumétrique convaincant
  • Les Îles Perdues de Shivering et Les Chevaliers des Neuf inclus sans surcoût
  • Les quêtes secondaires (guilde des Ombres, guilde des Voleurs) toujours aussi bien écrites et engageantes
  • Le système de combat légèrement amélioré, plus lisible qu'en 2006
  • La ville impériale et les ruines ayelides offrent des panoramas visuellement marquants

Points faibles

  • Les portes d'Oblivion aussi répétitives qu'en 2006 : même architecture, mêmes objectifs, aucune diversification malgré dix-neuf ans de retours joueurs
  • Des bugs présents dans le jeu d'origine, pourtant corrigés par des mods non officiels depuis des années, toujours présents dans cette version commerciale
  • Le système de combat reste daté face à la concurrence RPG de 2025, malgré les retouches de Virtuos

Oblivion, 2006 : le RPG qui a défini une génération

Il y a des jeux qui ne se résument pas à leurs mécaniques. The Elder Scrolls IV: Oblivion, sorti en 2006 sur PC et Xbox 360, est de ceux-là. Bethesda avait alors posé sur la table quelque chose qui n'existait pas encore à cette échelle : un monde ouvert médiéval-fantastique entièrement cohérent, habité, traversable à pied d'un bout à l'autre, avec des guildes, des factions, une politique impériale en crise et des portes interdimensionnelles crachant des démons sur Cyrodiil. Le jeu s'est vendu à plus de trois millions de copies en quelques mois, a remporté le titre de Game of the Year dans de nombreuses cérémonies de l'époque et reste, près de vingt ans plus tard, une référence citée dans toute discussion sur le RPG occidental. C'est dans ce contexte que Virtuos, studio spécialisé dans les remasters et ports de haute qualité (on lui doit notamment les versions Switch de Dark Souls Remastered et BioShock: The Collection), a hérité de la tâche délicate de remettre Oblivion au goût du jour en 2025. Le résultat est honnête. Parfois impressionnant. Parfois décevant. Rarement indifférent.

Capture d'écran

Un lifting sérieux, pas une révolution visuelle

Soyons précis : Oblivion Remastered n'est pas un remake au sens où Resident Evil 2 Remake ou Dead Space Remake ont redéfini le terme. Virtuos ne reconstruit pas Cyrodiil de zéro. Le studio remodélise, retexture, rééclaire et améliore. Et dans cet exercice, le travail est globalement convaincant. La forêt de Valenwood qui borde la route de Chorrol, les ruines ayelides baignées d'une lumière ambrée dans les souterrains de Vilverin, ou encore la ville impériale vue depuis la rive du lac Rumare : ces environnements tirent parti des capacités des machines actuelles de façon visible et cohérente. L'éclairage volumétrique en particulier donne aux intérieurs une profondeur que l'original ne pouvait pas atteindre.

Les personnages ont également bénéficié d'un travail notable. Les visages, autrefois source de mèmes et de malaise, sont désormais lisibles sans être ridicules. Le comte Corvus Umbranox ou le Grand Chambellan Ocato ne font plus peur pour de mauvaises raisons. Cela dit, l'animation faciale reste en retrait par rapport aux standards de 2025 : on pense inévitablement à ce que Bethesda a accompli avec Starfield, ou à ce que CD Projekt Red offre dans Cyberpunk 2077. Ce n'est pas hideux, mais ce n'est pas à la hauteur de la concurrence directe sur le terrain de l'immersion.

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Les quêtes secondaires : toujours le vrai trésor de Cyrodiil

Si Oblivion a traversé les années avec une réputation aussi solide, c'est en grande partie grâce à ses quêtes secondaires. Et cette réputation est méritée. La guilde des Voleurs avec sa hiérarchie interne et la quête du Grayowl, la guilde des Guerriers et ses conflits de loyauté, la guilde des Mages avec l'affaire Mucianus Allectus et les tensions autour du Conseil des Archimage, et surtout la guilde des Ombres : cette dernière reste l'un des arcs narratifs les mieux construits de toute la série. Les contrats, les cibles aux motivations complexes, la révélation sur la Mère Noire... Oblivion Remastered ne touche pas à l'écriture, et c'est une bonne décision. Ces quêtes n'ont pas vieilli. Elles restent prenantes, bien rythmées, et réservent des moments mémorables que beaucoup de RPG de 2025 n'atteignent pas.

Le jeu inclut également les deux extensions majeures d'origine : Les Chevaliers des Neuf et surtout Les Îles Perdues de Shivering. Cette dernière est indispensable. Le royaume de Shéogorath, Prince Daedra de la Folie, est une parenthèse de design audacieux et d'humour noir qui tranche avec le reste du jeu. Son inclusion dans l'édition de base, sans supplément, est une décision normale en 2025 mais qui mérite d'être soulignée : on ne paie pas en plus pour le meilleur contenu du jeu original.

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Le combat : amélioré, mais pas sauvé

L'un des reproches les plus récurrents adressés à Oblivion en 2006 était son système de combat. Les coups semblaient flotter dans le vide, les esquives n'existaient pas vraiment, et la magie manquait de punch. Virtuos a retravaillé cet aspect : les impacts sont plus lisibles, les animations d'attaque au corps à corps ont été affinées, et les contre-attaques ont été légèrement étoffées. C'est mieux. Mais c'est encore loin derrière ce que propose un Kingdom Come: Deliverance II sorti la même année, ou même The Witcher 3 qui a dix ans d'âge. La parade reste mécanique, la gestion de l'endurance manque de granularité, et les combats contre plusieurs ennemis simultanés restent confus. Oblivion Remastered améliore le combat sans le moderniser vraiment. C'est suffisant pour ne pas bloquer la progression, mais c'est un point qui rappelle constamment qu'on joue à un jeu de 2006 retouché, pas à un RPG d'action pensé pour 2025.

Capture d'écran

Les portes d'Oblivion : le problème qui n'a pas été résolu

C'est là que le bât blesse le plus, et il faut en parler franchement. Les portes d'Oblivion sont des zones enfers interdimensionnelles qu'il faut traverser pour faire avancer la quête principale. L'idée narrative est forte : Mehrunes Dagon, Prince Daedra de la Destruction, ouvre des brèches dans le tissu du monde pour envahir Cyrodiil, et le joueur doit y pénétrer pour en refermer les tours. Le problème, c'est que toutes ces zones se ressemblent. Rocaille rouge sang, tours identiques, mêmes Daedra en boucle, même objectif de refermeture. La première porte est impressionnante. La deuxième est correcte. À partir de la troisième, le niveau de fatigue monte. Et la quête principale en comporte plusieurs. Bethesda, en 2006, avait reçu ce reproche. Virtuos, en 2025, ne le corrige pas. On ne comprend pas vraiment pourquoi : diversifier ne serait-ce que deux ou trois de ces zones en termes d'architecture ou d'objectif aurait suffi à atténuer fortement le problème. Ce choix d'inaction est la décision la plus difficile à défendre dans ce remaster.

La quête principale dans son ensemble souffre de ce défaut structurel. Les moments forts existent : la mort de l'Empereur Uriel Septim VII dans le donjon d'introduction reste l'une des meilleures scènes d'ouverture de la série, et la conclusion épique devant la grande porte de la Cité Impériale garde son impact. Mais entre ces pics, les portes tirent la narration vers le bas. Martin Septim reste un personnage attachant, et Sean Bean lui prête sa voix avec le talent qu'on lui connaît... mais même lui ne sauve pas les séquences répétitives qui encadrent l'arc.

Des bugs qui n'auraient pas dû survivre à 2025

Un remaster est aussi l'occasion de corriger les défauts techniques accumulés depuis la sortie originale. Bethesda avait laissé dans Oblivion un certain nombre de bugs notoires : des PNJ coincés dans des boucles de pathfinding, des quêtes qui se bloquent sur certains déclencheurs, des objets qui tombent sous la géométrie du monde. Certains de ces problèmes, pourtant connus et documentés depuis des années par la communauté des moddeurs (qui les avait corrigés dans des patchs non officiels), sont encore présents dans Oblivion Remastered. Ce n'est pas catastrophique au quotidien, mais c'est difficile à ignorer quand on sait que la solution existait, gratuitement, sur des forums depuis dix ans. C'est le genre de détail qui fait la différence entre un remaster soigné et un remaster expédié.

14/20 : un retour attachant, alourdi par les fantômes du passé

On met 14/20 à The Elder Scrolls IV: Oblivion Remastered. Six points manquants, et ils désignent des problèmes précis : les portes d'Oblivion toujours aussi répétitives malgré dix-neuf ans pour trouver une solution, des bugs d'origine qui n'auraient pas dû survivre à un remaster commercial en 2025, un système de combat amélioré mais encore trop daté pour convaincre un joueur qui découvre le jeu aujourd'hui, et une animation faciale qui reste en retrait par rapport aux standards actuels.

Ce qui mérite d'être salué, en revanche, est réel. Le travail visuel de Virtuos sur les environnements de Cyrodiil est sérieux et respectueux du matériau original. Les Îles Perdues de Shivering et Les Chevaliers des Neuf sont inclus sans surcoût. Les quêtes secondaires, et en particulier l'arc de la Confrérie Noire et celui de la guilde des Ombres, rappellent pourquoi ce jeu a marqué toute une génération de joueurs RPG. Et le monde de Cyrodiil, avec sa politique impériale, ses villes distinctes de Bravil à Cheydinhal, et ses ruines ayelides dissimulées dans la forêt, reste un bac à sable dont l'exploration organique n'a pas perdu son charme.

Oblivion Remastered est un bon remaster d'un grand jeu. Il n'est pas la version définitive qu'on pouvait espérer. Mais pour quiconque n'a jamais mis les pieds à Cyrodiil, ou pour ceux qui veulent y retourner dans de meilleures conditions techniques, il fait le travail avec suffisamment d'honnêteté pour mériter le détour.

Pour qui ?

Pour les fans de RPG occidentaux qui ont grandi avec Oblivion et souhaitent retrouver Cyrodiil dans de meilleures conditions techniques, ou pour les joueurs qui n'ont jamais exploré la série Elder Scrolls et veulent découvrir l'un de ses épisodes les plus riches en contenu secondaire.

Pas pour qui ?

Pour les joueurs qui attendent d'un remaster 2025 qu'il règle les problèmes fondamentaux de conception du jeu original : les portes d'Oblivion et la répétitivité de la quête principale resteront un mur. Pour ceux qui cherchent un RPG d'action au combat moderne et réactif, Oblivion Remastered ne rivalise pas avec les standards actuels du genre.

Données du jeu

StudioVirtuos
ÉditeurBethesda Softworks
Date de sortie22 avril 2025
PlateformesPC, PlayStation 5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch 2
Durée principale 17h
Durée 100% 94h
Metacritic 80/100
Steam 59% d'avis positifs
Prix indicatif49.99 €