Les notes en un coup d'oeil

13/20 JoueurLibre
72/100 Metacritic (presse)
56% Steam (joueurs)

Points forts

  • Un système de combat à la parade excellent, lisible et gratifiant
  • Koo, un compagnon écrit et animé comme un vrai personnage, utile en combat comme en exploration
  • Les capacités du chien intégrées aux enchaînements d'Emma, sans casser le rythme
  • Une direction artistique forte, un Japon de l'an 4026 mangé par la végétation
  • Des premières régions ouvertes et verticales qui donnent envie de fouiller
  • Une difficulté exigeante mais jamais punitive, les compétences ne se perdent pas à la mort
  • Une durée de vie généreuse, environ 30 à 40 heures en jouant normalement
  • Quelques thèmes musicaux superbes, surtout pendant les affrontements majeurs
  • Un suivi rapide, avec un patch de caméra et de rééquilibrage moins d'une semaine après la sortie
  • Un doublage et des sous-titres français complets

Points faibles

  • Une caméra qui se coince dans les décors et traverse les grandes créatures
  • Une écriture plate, des dialogues figés et des personnages secondaires sans épaisseur
  • Plusieurs boss recyclés en seconde moitié, avec très peu de changements
  • Des environnements bien moins variés qu'ils n'en ont l'air au départ
  • Une seconde moitié beaucoup plus linéaire et répétitive que le début
  • Un bestiaire courant qui tourne vite en rond
  • Une bande-son excellente mais trop courte, on réentend souvent les mêmes pistes
  • Un mode qualité qui peine à tenir sa cadence, et de l'affichage tardif de décor
  • Trois premières heures confuses, le temps de digérer toutes les mécaniques

Game Freak lâche son chien dans les ruines

Il fallait s'y attendre un jour : le studio de Pokémon a fini par sortir un vrai gros jeu qui ne parle pas de Pokémon. Beast of Reincarnation vient d'un chantier interne lancé en 2020, montré une première fois en 2023 sous le nom de Project Bloom, puis dévoilé pour de bon lors du Xbox Games Showcase 2025. Le résultat est un action-RPG sous Unreal Engine 5, publié par Fictions, le label monté par d'anciens d'Annapurna après le démantèlement de Private Division. On y suit Emma, dix-huit ans, scelleuse marquée par la souillure qui a rongé le Japon de l'an 4026, et Koo, une bête infectée qui ne la quitte jamais. Le duo traverse des vallées reprises par la végétation, des usines mortes et des sanctuaires en ruine pour affronter les Nushi, ces créatures gardiennes qui ferment chaque région. L'ambiance fonctionne tout de suite : une lumière basse, des carcasses de machines avalées par les racines, très peu d'humains et beaucoup de silence. Le jeu est sorti le 4 août 2026, directement au Game Pass, et il a divisé la presse comme rarement, entre des tests dithyrambiques et d'autres franchement sévères. La vérité est au milieu, et elle est plus intéressante que les deux extrêmes.

Capture d'écran

La parade d'abord, tout le reste ensuite

Le combat est la grande réussite du jeu, et c'est lui qui donne envie de continuer quand le reste faiblit. Tout tourne autour de la parade, avec une fenêtre volontairement plus généreuse que chez Sekiro, doublée d'un signal sonore très lisible qui distingue le coup à parer du coup à esquiver. Réussir la parade ouvre la riposte, et la riposte alimente les capacités de Koo, que l'on déclenche d'une touche en plein enchaînement pour envoyer le chien mordre, plaquer ou charger une zone. Emma, de son côté, alterne l'épée, une arme à distance à munitions spécialisées et des pouvoirs végétaux qui servent autant à agripper un ennemi qu'à se hisser sur une plateforme. Ajoutez un arbre de compétences vaste, des sanctuaires qui font office de points de reprise et de voyage rapide, et le fait qu'on ne perd pas ses acquis en mourant, et vous obtenez un système exigeant mais jamais punitif. Les trois premières heures sont brouillonnes, le temps d'ingérer toutes les touches, puis le rythme s'installe et les affrontements deviennent de vrais morceaux de bravoure, surtout face aux Nushi les plus grands qu'il faut escalader autant que frapper.

Capture d'écran

Koo est un personnage, pas un gadget de gameplay

C'est le point sur lequel Game Freak était attendu, et c'est le seul du jeu où le studio est clairement au-dessus de la concurrence. Koo n'est pas un compagnon de façade qui suit à trois mètres en aboyant au bon moment : il part renifler une piste avant qu'on l'ait vue, déterre un objet dans un coin qu'on allait quitter, se poste devant une porte fermée, se secoue en sortant de l'eau, vient chercher une caresse au campement. Son intelligence artificielle en combat est du même niveau, il choisit ses cibles avec cohérence et se replie quand la situation tourne mal. Le lien entre Emma et lui porte les meilleures scènes du jeu, et il rend crédible une héroïne qui, seule, ne dirait pas grand-chose. Car l'écriture humaine, elle, reste très en dessous. Les thèmes sont pourtant là, l'exclusion, le deuil, une humanité qui s'éteint, mais ils sont énoncés plutôt que racontés, dans des dialogues figés où les personnages secondaires débitent leur fonction narrative avant de disparaître. Le jeu emprunte beaucoup à NieR, à Shadow of the Colossus et à Sekiro sans jamais atteindre leur écriture, et le directeur Kota Furushima a lui-même reconnu mi-août que le rythme du récit devait être retravaillé dans les prochaines mises à jour.

Capture d'écran

Un monde qui donne envie de fouiller, une caméra qui s'y oppose

Les premières régions sont les plus belles et les plus ouvertes : on grimpe aux lianes, on coupe par les toits, on descend dans une station engloutie parce qu'un détail au loin a attiré l'oeil. La verticalité est bien exploitée, les récompenses sont réelles, et les activités annexes comme l'élevage, la culture des plantes ou les liens noués avec les rares survivants donnent des raisons de s'attarder. Le problème vient de la caméra, et il est sérieux. Dans un couloir ou face à un boss de grande taille, elle se colle à Emma, se coince dans le décor, et il lui arrive de passer littéralement à l'intérieur de la créature que l'on combat, ce qui coûte des vies bêtement. Le patch 1.0.7, arrivé une semaine après la sortie, a corrigé une partie du tir, en ajustant les distances de caméra, en grossissant les textes et en rééquilibrant les boss sur toutes les difficultés, et d'autres correctifs sont annoncés, avec la prise en charge des écrans ultra-larges, DLSS 4.5 et FSR 4. Le mieux est net, la gêne n'a pas disparu. Côté performances, le mode qualité peine à tenir sa cadence dans les zones chargées, le mode performance est plus sûr mais laisse passer de l'affichage tardif de décor.

Capture d'écran

La seconde moitié répète ses gammes

Passé une quinzaine d'heures, le jeu se met à recycler. Les boss d'abord : plusieurs Nushi reviennent une seconde fois avec un habillage différent et deux ou trois attaques ajoutées, ce qui casse net l'événement que devrait être chaque combat de fin de zone. Les décors ensuite : après des régions d'ouverture très identifiables, on enchaîne des vallées et des ruines qui se ressemblent, dans des couloirs bien plus dirigistes que les premières heures. Le bestiaire courant tourne vite en rond, lui aussi, et l'on finit par traverser des zones entières en pilote automatique. La musique subit le même sort, et c'est dommage, car les quelques morceaux signés notamment par Kow Otani, à qui l'on doit Shadow of the Colossus, sont superbes, en particulier les thèmes de boss : ils sont simplement trop peu nombreux pour tenir quarante heures. Reste que le jeu se termine bien, que la générosité est là, et que la question du prix change tout. À 54,99 €, il faut vraiment aimer le genre et accepter ses défauts. Au Game Pass, où il est arrivé dès le premier jour, c'est une évidence : on y va, on profite d'un système de combat excellent et du meilleur compagnon animal vu dans un jeu depuis longtemps, quitte à le laisser de côté si la lassitude arrive avant la fin.

Pour qui ?

Ceux qui viennent pour un combat à la parade solide et pour une vraie relation avec un compagnon animal, et qui comptent y jouer via le Game Pass.

Pas pour qui ?

Ceux qui attendent une grande écriture, des boss tous différents et des environnements réellement variés du début à la fin.

Données du jeu

StudioGame Freak
ÉditeurFictions
Date de sortie4 août 2026
PlateformesPC, PlayStation 5, Xbox Series X|S
Durée principale 23h
Durée 100% 42h
Metacritic 72/100
Steam 56% d'avis positifs
Prix indicatif54.99 €