Les notes en un coup d'oeil

16/20 JoueurLibre
87/100 Metacritic (presse)
92% Steam (joueurs)

Points forts

  • Une direction artistique dessinée à la main, splendide et pleine de caractère
  • Quatre héros vraiment différents, du nain bourrin au sorcier grenouille
  • Une variété de builds énorme une fois toutes les mécaniques débloquées
  • Une bande son de très haut vol signée Gareth Coker et ses invités
  • Coop locale et en ligne, un vrai plus
  • Événements aléatoires et petites quêtes qui renouvellent chaque run
  • La boucle rogue-lite reste fraîche sur la durée

Points faibles

  • Une difficulté trop douce, frustrante pour les amateurs de challenge
  • Une narration pas toujours claire, on se perd dans le lore
  • Quelques soucis de lisibilité dans le feu de l'action
  • À deux, l'écran vire vite au joyeux bazar

Dotemu s'est bâti une réputation sur le respect du patrimoine, en ressuscitant Streets of Rage et les Tortues Ninja avec un soin d'orfèvre. Avec Absolum, l'éditeur français prend un risque autrement plus grand : sa toute première licence originale, confiée à Guard Crush Games, déjà aux commandes de Streets of Rage 4, et au studio d'animation Supamonks. Le pari est clair, marier la nervosité du beat'em up à la structure rogue-lite popularisée par Hades. Sur le papier, l'idée est brillante. Manette en main, elle l'est presque autant.

Le beat'em up rencontre le rogue-lite

L'histoire se déroule à Talamh, un monde de fantasy écrasé par le Roi Soleil Azra et son Ordre Cramoisi. Une résistance s'organise, et c'est là que vous entrez en scène. Le décor pose surtout un prétexte à l'aventure, car Absolum est avant tout affaire de sensations. On avance de salle en salle, on cogne, on esquive, on ramasse des bonus, et à la mort on recommence en repartant un peu mieux armé. La formule est connue, mais l'exécution force le respect.

Ce qui frappe d'emblée, c'est à quel point le pedigree beat'em up du studio transpire dans chaque affrontement. Le système est facile à prendre en main mais difficile à maîtriser : attaque légère, attaque lourde, dash, contre et saisie, plus des talents magiques qui se rechargent au fil des coups portés. Les coups ont du poids, les hitboxes sont justes, et la palette de mouvements se déploie progressivement sans jamais noyer le joueur. Détail qui compte, les niveaux ne sont pas générés au hasard mais dessinés à la main, avec des passages secrets qu'on découvre différemment d'une tentative à l'autre. Là où beaucoup de rogue-lite empilent les systèmes en misant sur l'abstraction, Absolum garde les pieds sur terre : ce que vous ressentez, c'est un vrai jeu de baston, pas un tableur déguisé.

Capture d'écran

Quatre héros, mille façons de jouer

Le roster réunit quatre personnages qui ne partagent presque rien. Karl est un nain qui alterne le pistolet et les poings, Galandra une elfe qui manie une épée démesurée, Cider une assassine tout en vitesse avec ses deux dagues, et Brome un sorcier grenouille qui surfe dans les airs sur son sceptre. Ce ne sont pas de simples habillages : chacun impose un rythme, une distance de combat et une logique de jeu radicalement différents. Passer de l'un à l'autre revient presque à changer de jeu.

C'est sur la durée que la profondeur se révèle vraiment. Au début, on a l'impression d'un jeu accessible, presque sage. Puis les Rituels, les Arcanes et les Inspirations débloquées en battant les boss s'accumulent, et l'éventail de builds explose. On finit par bâtir des combinaisons complètement folles, où une seule synergie bien pensée transforme la façon d'aborder une run entière. Cette variété tardive est l'une des plus grandes réussites du jeu, celle qui donne envie d'y rester bien après le générique.

Capture d'écran

Une boucle qui donne envie de relancer

Le vrai talent d'un rogue-lite, c'est de faire oublier la répétition. Absolum y parvient grâce à un flot constant de surprises : des événements aléatoires qui bousculent le parcours, des petites quêtes qui donnent un but au-delà de la simple progression, des rencontres qui changent d'une partie à l'autre. On ne refait jamais tout à fait la même run, et c'est précisément ce qui pousse à cliquer sur relancer une fois de plus, puis encore une.

Le hub entre les runs joue parfaitement son rôle de respiration. On y dépense ses ressources, on y débloque des améliorations permanentes, on y sent le personnage grandir même après une défaite. Cette sensation de progresser en permanence, y compris dans l'échec, est le moteur du genre, et Absolum la maîtrise de bout en bout.

Capture d'écran

La coop, du grand spectacle un peu brouillon

Absolum se joue seul, mais il prend une autre dimension à deux, en local comme en ligne. Les affrontements deviennent plus fournis, les synergies entre deux personnages complémentaires ouvrent des possibilités grisantes, et l'énergie d'une bonne session partagée fait mouche. C'est clairement une façon recommandée de découvrir le jeu.

Reste que cette générosité a un revers. À deux, l'écran se remplit très vite, et dans les gros pics d'action on peine parfois à suivre son propre personnage au milieu des effets. Ces soucis de lisibilité existent déjà en solo lors des moments les plus chargés, mais la coop les amplifie. Rien de rédhibitoire, mais il y a des instants où le plaisir cède la place à une petite confusion.

Capture d'écran

Une réalisation qui claque, une bande son de haut vol

Visuellement, Absolum joue dans la cour des grands. L'animation dessinée à la main de Supamonks donne un cachet superbe à l'ensemble, avec des personnages expressifs et des décors qui fourmillent de détails. C'est le genre de jeu qu'on prend plaisir à regarder tourner, tout simplement.

La bande son est à l'avenant. Gareth Coker, déjà responsable des envolées d'Ori, signe une partition de premier ordre, épaulée par des invités de prestige comme Mick Gordon, Yuka Kitamura et Motoi Sakuraba. Ce n'est pas un simple habillage sonore, c'est une vraie mise en musique de l'action, qui porte les combats et grave certains thèmes durablement dans la tête.

Le vrai défaut : ça manque de mordant

Il faut être honnête là où d'autres préfèrent regarder ailleurs. La presse a couvert Absolum d'éloges, avec des notes souvent proches du sans-faute. Le jeu les mérite en grande partie, mais il traîne un défaut que peu de tests assument vraiment : il est trop facile. Un mode d'assistance permet d'abaisser encore la difficulté pour les joueurs qui le souhaitent, mais le problème est ailleurs : même sans y toucher, la résistance opposée reste trop douce. Pour un rogue-lite, dont tout l'intérêt repose sur la tension entre le risque et la récompense, c'est un manque qui pèse. On enchaîne les runs sans jamais vraiment trembler, et la satisfaction de la victoire s'en trouve diminuée.

La narration ajoute une réserve. Absolum fait un choix audacieux, raconter son histoire comme un puzzle qui se reconstitue de run en run, chaque héros portant son propre arc et ses propres motivations. L'intention est maligne et récompense ceux qui s'accrochent. En pratique, le fil se dévoile par bribes trop éparses, et on finit par décrocher du récit pour ne garder que le plaisir de jeu. Ce n'est pas dramatique pour un titre de ce genre, mais quand on vise l'excellence, ces petits accrocs finissent par compter.

Notre verdict

Absolum est un très beau jeu, généreux, splendide et redoutablement addictif, porté par une variété de builds qui se déploie merveilleusement sur la durée. À moins de vingt-cinq euros, c'est aussi une affaire, tant le contenu et le soin apporté dépassent largement le ticket d'entrée. C'est une première licence originale que Dotemu peut porter fièrement, et un rogue 'em up qu'on recommande sans hésiter, surtout à deux. S'il ne décroche pas la note maximale ici, c'est pour une raison assumée : sa difficulté trop clémente le prive du frisson qui sépare un excellent jeu d'un chef-d'oeuvre. On aurait signé pour trembler un peu plus. En l'état, c'est déjà un très grand moment de baston.

Pour qui ?

Les amateurs de beat'em up et de rogue-lite qui veulent de la belle ouvrage, une tonne de builds à tester et des sessions coop nerveuses entre amis.

Pas pour qui ?

Ceux qui cherchent un vrai mur de difficulté ou une histoire limpide, mise en scène au cordeau. Absolum se savoure, il ne se combat pas vraiment.

Données du jeu

StudioDotEmu
ÉditeurDotEmu
Date de sortie9 octobre 2025
PlateformesPC, PlayStation 5, PlayStation 4, Xbox Series X|S, Xbox One, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2
Durée principale 8h
Durée 100% 25h
Metacritic 87/100
Steam 92% d'avis positifs
Prix indicatif24.99 €