Les notes en un coup d'oeil

16/20 JoueurLibre
82/100 Metacritic (presse)
95% Steam (joueurs)

Points forts

  • Direction artistique mignonne et malsaine, immédiatement reconnaissable
  • Une ambiance et une bande-son envoûtantes
  • La gestion de secte, originale et bourrée d'idées
  • Des dilemmes grinçants qui font tout le sel du jeu
  • Trois extensions gratuites depuis la sortie, dont un mode coopératif

Points faibles

  • Une partie roguelite plus classique et moins profonde que la gestion
  • Une difficulté basse, sans réelle tension
  • Une routine qui s'installe sur les très grosses sectes

Une secte adorablement malsaine

Il faut un certain culot pour transformer un agneau promis au sacrifice en gourou sanguinaire, et rendre le tout aussi mignon. C'est pourtant le pari de Cult of the Lamb, développé par le petit studio Massive Monster et édité par Devolver Digital. Sauvé in extremis par une divinité oubliée, notre agneau hérite d'une couronne maudite et d'une mission : bâtir une secte à la gloire de son sauveur, puis terrasser les anciens dieux qui l'ont enchaîné.

Dès les premières minutes, c'est la présentation qui happe. Le jeu cultive un contraste permanent entre des personnages tout en rondeurs, adorables, et un univers occulte fait de rituels, de sacrifices et de ferveur morbide. Cette patte visuelle, portée par une bande-son envoûtante, lui donne une identité immédiatement reconnaissable. On comprend vite pourquoi il est devenu le plus gros succès commercial de Devolver.

Capture d'écran

Deux jeux en un, et c'est malin

Cult of the Lamb repose sur une idée maligne : faire cohabiter deux genres qui n'ont rien à voir. D'un côté, un roguelite d'action en vue de dessus, où l'on part en croisade dans des donjons générés pour récolter des ressources et de nouvelles recrues. De l'autre, un jeu de gestion où l'on développe son campement, recrute des fidèles, construit, cuisine et orchestre des rituels.

La boucle s'enclenche avec un naturel désarmant. On part au combat pour ramener du bois, de la pierre et des disciples, on revient gérer une communauté grandissante, puis on repart un peu plus fort vers le prochain Évêque de l'ancienne foi. Sur le papier, le mariage est risqué. À la manette, il coule de source, et c'est là que se niche tout le talent de Massive Monster.

Capture d'écran

La gestion de secte, vraie réussite

S'il fallait ne retenir qu'une chose, ce serait elle. Gérer son culte est le coeur battant du jeu, et c'est aussi sa partie la plus originale. On endoctrine ses ouailles, on rédige des commandements qui infléchissent toute la communauté, on prononce des sermons, on jongle avec la foi et la loyauté, on tranche les dissidences. Sacrifier un vieux fidèle pour gagner une faveur divine, ou le marier pour souder le groupe : le jeu adore ces petits dilemmes grinçants, et c'est ce qui le rend irrésistible.

La richesse vient de la vie qui anime le campement. Les fidèles vieillissent, tombent malades, perdent la foi quand un proche meurt, réclament à manger et un coin propre où dormir. On répond par des festivals, des sacrifices, des doctrines à choisir entre plusieurs branches, des cérémonies qui dopent la dévotion. Chaque décision a sa contrepartie, et l'équilibre entre contenter ses ouailles et les pousser au fanatisme est délicieusement pervers.

Tout y est lisible, gratifiant, et constamment teinté d'humour noir. Voir sa secte passer d'une poignée de croyants apeurés à une véritable communauté ronronnante procure une satisfaction rare. Seul bémol, et il est mineur : sur les très grosses sectes, l'entretien quotidien peut devenir un peu envahissant. Rien qui gâche le plaisir, mais on aurait aimé déléguer davantage.

Capture d'écran

Le combat, la moitié la moins ambitieuse

Les croisades forment le versant nerveux du jeu. Armé d'une épée, d'une dague, d'une masse ou de gantelets tirés au sort à chaque tentative, on enchaîne les salles en esquivant, en frappant et en lâchant des sorts. C'est dynamique, lisible, franchement satisfaisant manette en main, et toujours aussi soigné que le reste.

Les runs ont leurs bonnes idées : on ramasse des cartes de tarot qui offrent des bonus le temps d'une expédition, on débloque des malédictions, et les affrontements contre les quatre Évêques de l'ancienne foi offrent de jolis pics d'intensité. Mais soyons honnêtes, c'est la partie la plus convenue. Face à des poids lourds du roguelite, le combat manque un peu de profondeur et la difficulté reste basse : on meurt rarement, et la vraie tension du genre n'arrive jamais tout à fait. Ce n'est pas rédhibitoire, plutôt le rappel que le jeu brille avant tout par sa gestion. La partie action remplit son rôle avec efficacité, sans chercher à révolutionner quoi que ce soit.

Capture d'écran

Un jeu qui a grandi

Voilà l'autre bonne surprise. Là où beaucoup de productions disparaissent après leur sortie, Cult of the Lamb a été choyé. Trois extensions gratuites sont venues l'étoffer, de Relics of the Old Faith à Sins of the Flesh, jusqu'à l'arrivée d'un mode coopératif local où l'Agneau peut compter sur une Chèvre pour semer le chaos à deux.

Ces ajouts ne sont pas de simples rustines : nouveaux objets, nouvelles cartes, nouveaux traits de fidèles, et surtout une vraie raison de relancer une partie à plusieurs. Le jeu auquel on joue aujourd'hui est nettement plus riche que celui de 2022, et cette générosité mérite d'être saluée à l'heure des contenus payants à la découpe.

Faut-il rejoindre la secte ?

Cult of the Lamb est de ces jeux qui ne ressemblent à aucun autre et qu'on n'oublie pas. Une idée folle, une exécution aux petits oignons, une identité visuelle et sonore qui colle à la peau : le genre de proposition qui rappelle pourquoi on aime le jeu indépendant. Ses petites limites, un combat plus classique et une routine qui pointe sur les longues sessions, n'entament jamais vraiment le plaisir.

Alors oui, sans hésiter : rejoignez la secte. C'est une réussite singulière, drôle, attachante, généreuse, qu'il serait dommage de manquer sous prétexte qu'elle ne coche pas toutes les cases du roguelite parfait. On y revient pour son ambiance, on y reste pour ses fidèles, et on en ressort avec un sourire un brin inquiétant. Exactement ce que le jeu cherchait à provoquer.

Pour qui ?

Ceux qui aiment les jeux à forte personnalité, l'humour noir et un mélange des genres malin, accessible et débordant de charme.

Pas pour qui ?

Ceux qui cherchent un roguelite exigeant et nerveux, ou une gestion très poussée façon city-builder.

Données du jeu

StudioMassive Monster
ÉditeurDevolver Digital
Date de sortie11 août 2022
PlateformesPC, PlayStation 4, Xbox One, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2
Durée principale 14h
Durée 100% 30h
Metacritic 82/100
Steam 95% d'avis positifs
Prix indicatif22.99 €