Les notes en un coup d'oeil

14/20 JoueurLibre
83/100 Metacritic (presse)
84% Steam (joueurs)

Points forts

  • Un concept brillant, on saute des pages d'un livre illustré en 2D au monde réel en 3D sur un bureau d'enfant
  • La narration lue à voix haute, on a l'impression de jouer une histoire qu'on nous raconte, un vrai bonheur à partager
  • Une direction artistique somptueuse, chaque page est une illustration de livre jeunesse qui prend vie
  • Les énigmes de jeu de mots, on attrape un mot dans le texte pour transformer le décor, malin et original
  • Une avalanche de bonnes idées et de mini-jeux qui se renouvellent sans cesse
  • Parfait à vivre avec un enfant, tendre, lumineux et jamais frustrant
  • Un doublage français complet et soigné qui porte tout le charme du conte

Points faibles

  • Beaucoup trop facile, le jeu ne met quasiment jamais en difficulté, même les plus jeunes
  • Très dirigiste, on suit un couloir balisé et le jeu résout presque les énigmes à votre place
  • Des tutoriels et des indices envahissants qui cassent le plaisir de chercher
  • Des combats basiques façon petit Zelda, sans profondeur ni progression
  • Tous les mini-jeux ne se valent pas, certains sont géniaux, d'autres anecdotiques
  • De superbes idées de gameplay introduites puis aussitôt abandonnées
  • Une aventure courte, autour de huit heures, avec un vrai goût de trop peu

Un conte vidéoludique qui sort de ses pages

Il y a des jeux qu'on lance par curiosité et qu'on n'oublie plus. Le Vaillant Petit Page, sorti chez Devolver Digital sous son titre original The Plucky Squire, fait partie de cette catégorie. Le pitch tient sur un coin de table et donne déjà envie : Laïus, le petit chevalier héros d'un livre pour enfants, vit chaque jour la même aventure héroïque jusqu'à ce que le vilain Ragecuite découvre qu'il est, justement, le méchant de l'histoire. Furieux d'être condamné à perdre à chaque page, il décide de réécrire le conte et expulse purement et simplement notre héros hors du livre. Laïus se retrouve alors propulsé dans le monde réel, sur le bureau d'un enfant, parmi les crayons, les tasses et les jouets.

Tout le génie du jeu est là : on passe son temps à osciller entre deux dimensions. Dans le livre, on évolue dans un univers en 2D vu de dessus, fait d'illustrations de littérature jeunesse. Sur le bureau, on bascule dans un monde en 3D où les objets du quotidien deviennent des décors gigantesques. Cette gymnastique permanente entre la page et la réalité n'est pas un simple gadget, c'est le coeur même du gameplay, et croyez-nous, l'effet ne s'use pas.

Capture d'écran

Sauter du livre au bureau, le concept qui fait mouche

Concrètement, on joue Laïus armé de son épée, qu'on peut aussi lancer comme un boomerang. Dans les pages du livre, on avance de case en case, on tranche quelques ennemis, on résout de petites énigmes. Puis, à un endroit précis de la page, on peut littéralement sortir du dessin pour atterrir sur le bureau en trois dimensions, escalader une pile de livres, contourner une tasse de café devenue une tour, et replonger plus loin dans une autre illustration. Le jeu se sert de ce va-et-vient avec une inventivité réjouissante, et chaque nouveau chapitre trouve le moyen de surprendre.

La trouvaille la plus brillante, ce sont les énigmes de mots. Le texte du conte est écrit en toutes lettres au bord de l'image, et on peut attraper certains mots pour les déplacer ou les échanger. Remplacez le mot "petit" par "grand" dans une phrase et le rocher qui bloquait le passage se met à rétrécir. Glissez le mot "gel" au bon endroit et l'eau se transforme en glace sous vos pieds. C'est l'une des plus belles idées de jeu de mots qu'on ait vues, et on regrette presque que le jeu n'en abuse pas davantage tant elle fonctionne.

À cela s'ajoute une pluie de mini-jeux qui cassent régulièrement le rythme : un shoot survolté à la Resogun sur le flanc d'une tasse, un combat de boxe, une partie de cartes à collectionner façon jeu de rôle au tour par tour, des séquences de rythme, du tir au jetpack. Le jeu déborde d'idées et ne tient jamais en place plus de quelques minutes.

Capture d'écran

Jouer une histoire qu'on nous raconte

S'il fallait retenir une seule chose de notre partie, ce serait celle-ci. Le Vaillant Petit Page est en permanence accompagné d'une voix de conteur qui lit l'histoire à voix haute, exactement comme on lirait un album du soir à un enfant. Et ce parti pris change tout. On ne se contente pas de jouer, on a l'impression d'écouter une belle histoire en même temps qu'on la vit, manette en main. La frontière entre le livre qu'on tourne et le jeu qu'on manipule se brouille délicieusement.

On a fait ce test à deux, avec notre fils, et c'est sans doute la meilleure façon d'en profiter. L'un tient la manette, l'autre suit le récit, on commente, on se passe le pad, on cherche ensemble où passe le prochain mot magique. Le doublage français intégral est de qualité et porte cette ambiance de conte avec une vraie chaleur. On a passé, tous les deux, un excellent moment, et c'est précisément ce que ce jeu cherche à offrir : un moment partagé, doux et lumineux.

Capture d'écran

Beau comme un livre illustré

Visuellement, c'est une réussite éclatante. Les pages en 2D ressemblent à de vraies planches d'album jeunesse, avec des couleurs franches, un trait expressif et des personnages adorablement dessinés. Quand on bascule en 3D sur le bureau, le jeu ne rivalise pas avec les grosses productions techniques du moment, mais il s'en moque : tout est mis au service du charme et de la lisibilité. Le contraste entre l'illustration plate et le relief des objets réels crée des tableaux qui restent en mémoire.

L'écrin sonore est à l'avenant, avec des musiques tendres et un travail de mise en scène qui transforme chaque transition en petit événement. On sent un soin maniaque dans la présentation, jusque dans les détails des décors. C'est le genre de jeu qu'on a envie de montrer juste pour la beauté du geste.

Capture d'écran

Trop sage pour son propre bien

Reste que Le Vaillant Petit Page n'est pas le chef-d'oeuvre absolu que son concept laissait espérer, et il faut le dire honnêtement. Son principal défaut, c'est sa facilité. Le jeu ne met quasiment jamais en danger : les combats à l'épée sont rudimentaires, sans profondeur ni montée en puissance, et les énigmes, aussi malignes soient-elles sur le papier, sont presque toujours résolues à votre place. Un personnage assistant, Barbelunette, surgit en effet à la moindre hésitation pour vous souffler la solution, et le jeu télégraphie ses réponses de façon parfois agaçante.

Cette main tendue en permanence se double d'un gros dirigisme. On avance dans un couloir très balisé, l'ordre est imposé, et la liberté d'exploration reste minime. Plus frustrant encore : le jeu regorge de bonnes idées de gameplay qu'il introduit le temps d'une séquence avant de les remiser pour ne plus jamais y revenir. Tous les mini-jeux ne se valent pas non plus, certains sont brillants, d'autres tombent à plat. On termine l'aventure en huit heures environ, avec ce petit goût de trop peu et l'impression d'un potentiel monumental qui n'a pas été exploité jusqu'au bout.

Et sur Xbox Series X ?

On a bouclé le jeu sur Xbox Series X et, de notre côté, l'expérience a été irréprochable : aucun bug, aucun ralentissement, des bascules entre la 2D et la 3D parfaitement fluides du début à la fin. La console encaisse sans broncher les jolis effets visuels du jeu, et l'aventure se déroule d'un seul tenant sans le moindre accroc. Difficile de demander mieux sur le plan technique.

Notre verdict

Le Vaillant Petit Page est un jeu qu'on a profondément aimé, et qu'on recommande sans hésiter, à condition de savoir ce qu'on vient y chercher. Son concept de livre vivant dont on sort les pages est l'une des idées les plus rafraîchissantes de ces dernières années, sa narration lue à voix haute transforme la partie en moment de complicité, et sa beauté fait plaisir à voir. Pour jouer avec un enfant ou simplement pour s'offrir une parenthèse de douceur entre deux jeux plus rugueux, c'est une pépite.

Il faut juste accepter ses limites : une facilité désarmante, un dirigisme qui vous tient la main du premier au dernier chapitre, et une foule de bonnes idées qu'il n'exploite jamais à fond. On aurait signé pour un peu plus de mordant et de liberté. Mais l'émotion est bien là, intacte, et le souvenir d'une belle histoire partagée vaut largement le voyage. Une réussite imparfaite, mais une réussite quand même, qui mérite ses 14 sur 20 et une place de choix dans une ludothèque familiale.

Pour qui ?

Les joueurs qui cherchent une aventure douce, inventive et bourrée de charme, sans aucune pression. C'est avant tout un jeu à partager, idéal pour initier un enfant à la manette ou pour jouer côte à côte en se laissant porter par l'histoire. Si vous aimez les concepts qui osent, les directions artistiques léchées et les jeux qui vous racontent quelque chose plutôt que de vous mettre à l'épreuve, vous allez fondre. Les amoureux de Tunic, d'Astro Bot ou des petits Zelda accessibles y trouveront une parenthèse enchantée.

Pas pour qui ?

Ceux qui cherchent du défi, de la dextérité ou un système de combat qui a du fond. Ici, pas de game over qui pique, pas d'énigme qui résiste, pas de courbe de progression : le jeu vous tient la main du début à la fin. Si le dirigisme vous agace, si vous aimez chercher seul sans qu'un assistant vous souffle la solution, ou si vous voulez une grande aventure longue et exigeante, vous risquez de trouver le temps un peu long malgré la beauté de l'ensemble.

Données du jeu

StudioAll Possible Futures
ÉditeurDevolver Digital
Date de sortie17 septembre 2024
PlateformesPC, PlayStation 5, Nintendo Switch
Durée principale 9h
Durée 100% 10h
Metacritic 83/100
Steam 84% d'avis positifs
Prix indicatif29.99 €