Les notes en un coup d'oeil

14/20 JoueurLibre

Points forts

  • Un concept totalement neuf pour la série, on étudie des créatures au lieu de courir vers un drapeau
  • La direction artistique en faux stop-motion, douce et poétique, qui imite un vieux livre illustré
  • Le plaisir de la découverte, chaque biome cache ses petits secrets et ses interactions surprenantes
  • Une vraie liberté d'exploration, rien n'est imposé dans l'ordre des pages
  • Hyper accessible, parfait pour jouer avec un enfant ou pour décompresser
  • Un contenu énorme pour les complétistes qui veulent remplir chaque fiche
  • La patte Good-Feel, le studio le plus tendre du paysage Nintendo

Points faibles

  • La formule tourne en rond sur la longueur, beaucoup de créatures se ressemblent et s'oublient
  • Une difficulté quasi inexistante, Yoshi ne peut même pas mourir
  • Des objectifs parfois flous, on cherche ce que le jeu attend de nous sans indice clair
  • Techniquement en deçà de ce que peut la Switch 2, avec un flou gênant sur les contours de Yoshi
  • De bonnes idées de gameplay introduites puis abandonnées trop vite
  • Les derniers chapitres proposent les créatures les moins intéressantes
  • Une narration très (trop) enfantine

Un Yoshi qui ne ressemble à aucun autre

On pensait connaître Yoshi par coeur. Manger des ennemis, pondre des oeufs, gober des fruits, sauter de plateforme en plateforme jusqu'au drapeau de fin. Yoshi and the Mysterious Book balaie tout ça d'un revers de langue. Good-Feel, le studio derrière les adorables Woolly World et Crafted World, signe ici la prise de risque la plus audacieuse de la série depuis des années. Et rien que pour ça, le jeu mérite qu'on s'y arrête.

Le point de départ est délicieux : Bowser Jr. se téléporte par accident à l'intérieur d'une vieille encyclopédie à l'aide d'un monocle magique. Le livre, baptisé Mysterius, prend alors conscience de lui-même, et une bande de Yoshis plonge dans ses pages pour étudier les étranges créatures qui les peuplent, les observer et leur donner un nom. Chaque niveau n'est plus un parcours d'obstacles, mais un petit écosystème à comprendre. Le but n'est pas d'atteindre une sortie, mais de percer le mystère d'une bestiole : comment elle réagit, ce qu'elle aime, ce qu'elle permet de faire.

Capture d'écran

Étudier plutôt que foncer

Concrètement, on choisit un Yoshi, on se fait projeter dans le biome d'une créature, et on expérimente. Les outils sont les classiques de la série : on aspire la bestiole avec la langue, on la pose sur son dos, on lui lance des oeufs, on flotte, on plane. Mais ici, ces gestes ne servent plus à avancer, ils servent à comprendre. Une créature va éclairer une zone sombre, une autre va se gonfler pour servir de tremplin, une troisième va réagir à l'eau ou au feu. On termine officiellement une page en réalisant l'action majeure liée au monstre : attraper la plus grosse prise, atteindre un sommet, déclencher une réaction en chaîne.

Ce qui frappe, c'est la liberté. Rien n'est imposé dans l'ordre, l'exploration au sein de chaque biome est totalement ouverte, et le jeu se contente de glisser un indice quand on patine vraiment. Cette approche "semi-ouverte" change tout le rythme : on prend son temps, on tâtonne, on a ce petit frisson de satisfaction quand on comprend enfin le truc. C'est moins un jeu de plateforme qu'un jeu de curiosité, presque une expérience scientifique pour tout-petits, et quand la magie opère, c'est franchement charmant.

Capture d'écran

Une direction artistique qui fait tout le sel

Visuellement, le jeu assume un parti pris fort : tout imite un vieux livre illustré qui prendrait vie. Les décors ressemblent à des dessins crayonnés et coloriés à la va-vite, les créatures sont animées dans un faux stop-motion volontairement saccadé, comme de la pâte à modeler qu'on aurait filmée image par image. Yoshi lui-même bouge avec cette petite raideur charmante des films en claymation. C'est doux, c'est tendre, c'est plein de personnalité, et ça donne au jeu une identité immédiatement reconnaissable.

Là où le bât blesse, c'est que cette douceur cache une réalisation technique en retrait. Le design reste simple, parfois un peu brouillon, et on sent que la Switch 2 a beaucoup plus sous le capot que ce qu'on voit à l'écran. Plus gênant, un flou désagréable entoure régulièrement les contours de Yoshi, un défaut qui pique les yeux une fois qu'on l'a remarqué. Le charme de la patte artistique compense largement, mais qui attendait une vitrine pour sa nouvelle console en sera pour ses frais.

Capture d'écran

Trop sage, trop facile, trop long

Le vrai problème de Yoshi and the Mysterious Book, c'est qu'il ne sait jamais vraiment vous mettre au défi. Yoshi ne peut tout simplement pas mourir. Il n'y a pas de game over, pas de tension, pas de passage qui exige de la dextérité. La seule difficulté tient à la résolution des énigmes, et encore, elles restent très douces. C'est un choix d'accessibilité totalement assumé, parfait pour un enfant ou pour décompresser, mais le joueur aguerri risque de s'ennuyer poliment.

Et puis il y a la répétition. Le concept est génial sur le papier, mais la boucle "je découvre une créature, je comprends sa propriété, je passe à la suivante" finit par s'essouffler. Beaucoup de bestioles se ressemblent et s'oublient aussitôt, et seule une poignée de niveaux restent vraiment en mémoire. Le jeu introduit parfois une idée de gameplay brillante puis l'abandonne au bout d'une page, ce qui frustre, et les derniers chapitres rassemblent malheureusement les créatures les moins inspirées. En ligne droite, comptez une bonne dizaine d'heures ; pour les complétistes qui veulent remplir chaque fiche de Mysterius, le contenu devient gigantesque, mais il faut accepter une certaine redite.

Capture d'écran

Faut-il l'ajouter à sa ludothèque Switch 2 ?

Yoshi and the Mysterious Book est un jeu qu'on a envie d'aimer, et qu'on aime souvent, mais qui passe à côté du chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être. L'idée de transformer un platformer en livre vivant à explorer est l'une des plus rafraîchissantes vues chez Nintendo depuis longtemps, et la direction artistique est un câlin permanent. Quand on se laisse porter, sans chercher la performance, on passe un moment réellement attachant, le genre d'expérience qui fait du bien.

Mais il faut savoir où l'on met les pieds. Ce n'est pas un grand jeu de plateforme, c'est une promenade poétique et sans danger qui mise tout sur la curiosité et le charme. Sa facilité absolue et sa répétitivité l'empêchent de marquer durablement, et c'est sans doute ce qui explique des notes presse aussi éclatées, des dithyrambes jusqu'aux avis bien plus tièdes. À nos yeux, c'est une jolie réussite imparfaite, un titre doux et original qu'on recommande les yeux fermés aux familles, aux curieux et aux amoureux de la tendresse Good-Feel, à condition de ne pas y chercher ce qu'il n'a jamais voulu offrir : du challenge.

Pour qui ?

Les joueurs qui cherchent une expérience douce, originale et sans pression. Si vous aimez fouiller, expérimenter, comprendre comment fonctionne un petit monde plutôt que foncer vers la sortie, le jeu offre un terrain de jeu unique. C'est aussi un titre idéal à partager avec un enfant, ou pour souffler entre deux jeux plus exigeants. Les complétistes qui veulent tout débloquer en auront pour des dizaines d'heures.

Pas pour qui ?

Ceux qui attendent un platformer nerveux et exigeant. Ici, pas de game over, pas de pics d'adrénaline, pas de défi de plateforme millimétré. Si vous cherchez un jeu Nintendo qui vous met à l'épreuve, ou une vitrine technique pour votre Switch 2, vous serez déçu. Et si la répétition vous lasse vite, la boucle "découvre la créature, recommence avec la suivante" risque de vous tomber des mains avant la fin.

Données du jeu

StudioGood-Feel
ÉditeurNintendo
Date de sortie21 mai 2026
Durée principale 9h
Durée 100% 40h
Prix indicatif59.99 €