Les notes en un coup d'oeil

16/20 JoueurLibre
94/100 Metacritic (presse)
89% Steam (joueurs)

Points forts

  • Un combat enrichi et généreux : hache Léviathan, Lames du Chaos et lance Draupnir, chacune un régal manette en main
  • Les neuf royaumes enfin ouverts à l'exploration, plus vastes et plus variés que le lac des Neuf
  • Une variété d'ennemis et de boss très nettement supérieure à celle de 2018
  • Une distribution de haut vol : Christopher Judge, Richard Schiff en Odin glaçant, Ryan Hurst en Thor bouleversant
  • Un doublage français complet et impeccable, du premier au dernier rôle
  • Une conclusion de saga ambitieuse, qui ose la tragédie et ne triche pas avec ses personnages
  • Les tombes des Berserkers, un contenu annexe optionnel exigeant qui prend le relais des Valkyries
  • Le DLC Valhalla, gratuit, magistral, un des meilleurs contenus additionnels jamais offerts

Points faibles

  • Un rythme moins maîtrisé que dans l'opus de 2018 : le jeu s'étire et se disperse dans son dernier tiers
  • Les longues phases jouables d'Atreus cassent l'élan et sont moins intéressantes que celles de Kratos
  • Un accompagnement trop pesant : les compagnons soufflent la solution des énigmes avant qu'on ait cherché
  • Beaucoup de remplissage entre les grands moments : énigmes molles, couloirs d'escalade sur rails
  • Une itération plutôt qu'une réinvention : l'effet de surprise du premier n'est plus là
  • Une progression et un équipement toujours aussi bavards, avec un loot dont on décroche vite

La suite impossible d'un chef-d'oeuvre

Après le reboot de 2018 et ses pluies de récompenses, Santa Monica Studio avait un problème de riche : comment conclure dignement ? God of War Ragnarok, sorti le 9 novembre 2022 sur PS4 et PS5, puis sur PC en septembre 2024, est cette conclusion. Eric Williams a repris le flambeau de Cory Barlog pour boucler l'arc nordique de Kratos et de son fils, en plein Fimbulwinter, ce grand hiver qui annonce la fin des mondes. Le résultat est un très grand jeu. Simplement, ce n'est plus tout à fait le même choc.

Disons-le clairement, parce que notre échelle est exigeante : un 16 sur 20 chez nous, c'est déjà la catégorie des jeux exceptionnels. Ragnarok y a toute sa place. Mais deux points au-dessous de son aîné, et ces deux points se méritent. Ils tiennent presque entièrement à une question : le rythme.

Capture d'écran

Tout ce qui était bien est devenu meilleur

Commençons par la bonne nouvelle, et elle est grande. Sur presque tous les plans mesurables, Ragnarok surpasse le jeu de 2018. Le combat, d'abord. On récupère très vite les Lames du Chaos en plus de la hache Léviathan, puis la lance Draupnir en cours de route, et jongler entre ces trois armes, chacune avec sa panoplie de runes, offre une richesse tactique que le premier n'atteignait jamais. Surtout, le studio a entendu la critique qui revenait partout : le bestiaire est enfin varié, les boss enfin nombreux et inventifs, loin des trolls recolorés à l'infini de l'épisode précédent.

L'exploration suit. Les neuf royaumes, tout juste entrevus en 2018, s'ouvrent pour de bon, chacun avec sa lumière, sa faune, son ambiance. On passe des marécages de Vanaheim aux plaines dorées d'Alfheim, et le dépaysement fonctionne à chaque fois. La distribution, elle, crève l'écran : Christopher Judge tient toujours Kratos avec la même gravité, mais c'est Richard Schiff qui vole la vedette en Odin, un dieu manipulateur et faussement débonnaire, glaçant de calme, tandis que Ryan Hurst compose un Thor brisé, alcoolique et bien plus touchant qu'on ne l'aurait cru. Et comme pour le premier, le doublage français est complet et sans fausse note.

Capture d'écran

Le rythme, ce talon d'Achille

Alors pourquoi deux points de moins ? Parce que Ragnarok ne maîtrise pas sa durée comme son aîné maîtrisait la sienne. Le jeu est plus long, plus vaste, et il le paie. Il s'étire, se disperse, multiplie les objectifs secondaires et les détours entre ses grands moments. Là où le voyage de 2018 avançait avec la rigueur d'une flèche, celui-ci fait des boucles. On sent, dans le dernier tiers surtout, que la ligne droite vers le climax est régulièrement mise en pause pour rallonger la sauce.

Le principal coupable a un nom : les phases jouables d'Atreus. Le jeu vous retire régulièrement Kratos des mains pour vous confier son fils, sur de longues séquences, parfois plusieurs heures d'affilée. L'intention narrative se comprend, mais manette en main, ces passages sont moins nerveux, moins puissants, et ils cassent net l'élan qu'on avait pris. On attend de retrouver le père, et cette attente est un aveu.

Ajoutons un défaut plus sournois : l'accompagnement est devenu étouffant. À peine arrivé devant une énigme, un compagnon vous en souffle la solution, souvent avant même que vous ayez eu le temps de réfléchir. C'est bien intentionné, c'est mal dosé, et ça vide de leur intérêt une bonne partie des casse-tête. Entre ça, les énigmes molles et les couloirs d'escalade sur rails qui masquent les chargements, le remplissage se remarque plus qu'en 2018. Rien de grave pris isolément, mais l'addition finit par peser.

Capture d'écran

Valhalla : le DLC gratuit qui rebat les cartes

Et puis il y a Valhalla. En décembre 2023, plus d'un an après la sortie, Santa Monica a offert, gratuitement, une extension que beaucoup de studios auraient vendue au prix fort sans que personne ne bronche. C'est un mode rogue-lite : Kratos entre dans le Valhalla, affronte des vagues d'ennemis dans des environnements qui se recomposent à chaque tentative, avec des armes et des bonus tirés au sort. Sur le papier, un simple mode de combat en boucle. Dans les faits, c'est bien plus que ça.

Car Valhalla est aussi le véritable épilogue de toute la saga. Entre deux runs, le jeu fait ce que ni 2018 ni Ragnarok n'avaient osé faire pleinement : il ramène Kratos face à son passé grec, face à ses crimes, face à l'homme qu'il fut. C'est une thérapie déguisée en rogue-lite, une histoire de pardon et de paix retrouvée, portée par un Christopher Judge au sommet. Et comme le mode vous donne accès à tout l'arsenal, le combat y atteint sa forme la plus pure, la plus libre, la plus jouissive. On tient là un des meilleurs contenus additionnels de la génération, toutes catégories confondues. Alors on l'écrit noir sur blanc : jugés ensemble, le jeu de base et Valhalla mériteraient de monter jusqu'au niveau de l'opus de 2018. C'est bien la preuve qu'il ne manquait pas grand-chose à Ragnarok, sinon un peu de la rigueur que ce DLC, lui, retrouve intacte.

Capture d'écran

Presse dithyrambique, JoueurLibre admiratif mais lucide

Comme le premier, Ragnarok affiche un Metacritic à 94 et une avalanche de notes parfaites. On partage l'admiration, mais on refuse d'ignorer ce que beaucoup de rédactions ont poliment glissé sous le tapis : ce jeu est trop long, mal rythmé par endroits, et son insistance à tout expliquer trahit un manque de confiance dans son joueur. Un 10 sur 10 automatique efface ces réserves. Notre 16 sur 20 les assume, sans rien retirer au respect qu'on porte à l'ensemble.

Le verdict

God of War Ragnarok est plus grand, plus beau, plus riche et plus varié que son aîné. Il conclut la saga nordique avec ambition et n'a peur ni de la tragédie ni du temps long. S'il ne rejoint pas tout à fait les sommets de 2018, ce n'est pas faute de qualités, c'est un simple défaut de tenue : le voyage se disperse là où le précédent filait droit. Les longues séquences d'Atreus et l'accompagnement pesant lui coûtent les quelques points qui le séparent de la perfection.

Mais il faudrait être de mauvaise foi pour bouder un tel jeu. Et avec Valhalla offert par-dessus le marché, magnifique épilogue autant que défouloir génial, le paquet complet devient difficile à refuser. Notre note s'arrête à 16 sur 20 pour le jeu seul, avec la certitude que très peu de superproductions savent encore viser aussi haut. La fin d'une saga qu'on n'oubliera pas, et un adieu à Kratos qui, une fois Valhalla terminé, sonne enfin juste.

Pour qui ?

Pour tous ceux qui ont adoré le reboot de 2018 et veulent connaître la suite et la fin de l'histoire de Kratos et Atreus. Ragnarok reprend exactement là où on l'avait laissé, en plein Fimbulwinter, et déroule une conclusion de saga généreuse, spectaculaire et émouvante. Pour les amateurs de combat : le jeu vous rend d'entrée les Lames du Chaos et la hache Léviathan, y ajoute la lance Draupnir, et offre un bestiaire enfin digne de ce nom. Pour les explorateurs, aussi, car les neuf royaumes s'ouvrent cette fois pour de bon, chacun avec son identité. Et pour les acharnés, les tombes des Berserkers offrent le défi optionnel qui manquait, dans la lignée des Valkyries.

Pas pour qui ?

Pour ceux qui attendaient un nouveau choc, une réinvention aussi forte que celle de 2018 : Ragnarok fait plus grand et plus beau, mais il itère là où son aîné surprenait. Pour les joueurs qui n'aiment jouer que Kratos : les longues séquences dans la peau d'Atreus vous sépareront souvent du père, et elles n'ont ni le même impact ni le même plaisir. Pour ceux qu'un accompagnement envahissant agace : ici, à peine arrivé devant une énigme, un compagnon vous en donne la réponse, ce qui vide bien des passages de tout sel. Et pour les allergiques au remplissage, car entre deux grands moments, le jeu multiplie les temps morts et les couloirs d'escalade.

Données du jeu

StudioSIE Santa Monica Studio
ÉditeurSony Interactive Entertainment
Date de sortie9 novembre 2022
PlateformesPC, PlayStation 5, PlayStation 4
Durée principale 26h
Durée 100% 55h
Metacritic 94/100
Steam 89% d'avis positifs