Les notes en un coup d'oeil

15/20 JoueurLibre
87/100 Metacritic (presse)
91% Steam (joueurs)

Points forts

  • Des niveaux bac à sable denses qui multiplient vraiment les approches
  • L'infiltration sociale et les déguisements héritent du meilleur de Hitman
  • Patrick Gibson campe un jeune Bond crédible, charismatique sans imiter Craig
  • Des fusillades nerveuses avec couverture, destruction et ralenti bien dosé
  • Une réalisation superbe, des animations faciales au sommet
  • Un grand spectacle assumé entre infiltration, gadgets et séquences de conduite

Points faibles

  • La recette IO Interactive sent parfois le déjà-vu pendant de longues sections
  • Le grand méchant manque cruellement de présence et d'aura iconique
  • Le scénario se précipite sur son dernier tiers
  • Le corps à corps, calqué sur les Batman Arkham, reste superficiel
  • Des temps de chargement à rallonge qui cassent le rythme à chaque mort
  • Aucun doublage français au lancement, une première pour la licence depuis 2001

Le studio Hitman s'attaque enfin à James Bond

007 First Light est sorti le 27 mai 2026 sur PS5, Xbox Series X|S et PC, une version Nintendo Switch 2 étant repoussée à plus tard dans l'été. Le jeu était d'abord attendu en mars, avant un décalage de deux mois présenté par le studio comme du temps de finition supplémentaire. Aux commandes, IO Interactive, le studio danois derrière la trilogie Hitman moderne, épaulé cette fois par Amazon MGM, désormais détenteur de la licence cinématographique de l'espion britannique. Autant dire que le pedigree force le respect : si une équipe sait construire des terrains de jeu pour assassin chic, c'est bien celle-là.

Le pari est aussi narratif. First Light n'adapte aucun film. C'est une histoire d'origine inédite, qui montre un Bond de 26 ans en train de gagner son matricule 00 et son permis de tuer. On démarre sur une mission en Islande qui tourne mal, avant d'intégrer un programme d'élite du MI6 et de partir sur la piste d'un agent renégat, le fameux 009. L'idée est belle : raconter comment l'homme devient la légende, loin du smoking et des certitudes du Bond de cinéma.

Capture d'écran

Un bac à sable d'infiltration qui assume son héritage

Sur le terrain, impossible de ne pas reconnaître la patte maison. Chaque mission est un grand espace ouvert, dense, peuplé de gardes en patrouille, de civils, de caméras et de zones interdites. On observe, on écoute les conversations pour glaner des renseignements, on repère les déguisements qui ouvrent des portes, puis on trace son chemin. Veut-on neutraliser sa cible en costume de serveur, en sabotant une installation, en isolant un garde dans un coin sombre, ou bien en fonçant dans le tas ? First Light laisse vraiment le choix, et c'est là sa plus grande réussite. Le plaisir d'éplucher un niveau, de tester une approche, d'en découvrir une meilleure au passage, fonctionne à plein.

IO Interactive jure que First Light n'est pas un reskin de Hitman, et c'est en partie vrai. L'infiltration sociale, l'herbe haute où l'on se planque, la jauge d'instinct qui aide à lire la situation et un système de pièces de gadget à récupérer instaurent une vraie gestion des ressources. On ne peut pas tout faire tout le temps, il faut choisir ses outils. Cette tension entre liberté et économie de moyens donne du relief aux missions et pousse à la rejouabilité, d'autant que le studio prévoit de faire revivre les niveaux via du contenu en ligne.

Capture d'écran

Castagne à la Arkham et fusillades sous tension

Quand la discrétion tombe, First Light bascule dans l'action sans rougir. Le corps à corps repose sur un système de coups et de contres qui rappelle ouvertement les Batman Arkham. C'est lisible, spectaculaire deux minutes, mais clairement le maillon faible : on enchaîne les animations sans jamais ressentir la profondeur d'un vrai jeu de combat, et l'ensemble se révèle vite répétitif. Bond cogne joliment, mais sans génie.

Les fusillades, elles, s'en sortent bien mieux. Le jeu mise sur la couverture, des décors qui se détruisent sous les balles et des munitions comptées qui obligent à réfléchir plutôt qu'à arroser. Une riposte bien placée déclenche un court ralenti, dans l'esprit d'un Red Dead Redemption, qui récompense le sang-froid et offre ces instants de bravoure très cinéma propres à la saga. Ce n'est pas le jeu de tir le plus pointu du marché, mais c'est nerveux, tendu, et toujours au service de la mise en scène.

Capture d'écran

Gadgets, voiture et grand spectacle

Q n'a pas attendu d'être vieux pour équiper son agent. First Light distribue son lot de gadgets typés espionnage : de quoi aveugler un adversaire, neutraliser une caméra, pirater une installation. Rien de révolutionnaire, mais l'éventail colle parfaitement à la fantaisie Bond et nourrit la palette d'approches. Le jeu ponctue aussi ses phases feutrées de séquences de conduite explosives et de morceaux de bravoure très scriptés, façon montagnes russes, qui rappellent qu'on tient un blockbuster avant tout. Cette alternance entre tension silencieuse et grand spectacle est le vrai moteur du rythme, même si les coutures scriptées se voient parfois un peu trop.

Capture d'écran

Patrick Gibson sauve une histoire qui s'essouffle

Côté incarnation, le casting fait mouche. Patrick Gibson, révélé par la série Dexter: Original Sin, prête ses traits et sa voix à Bond et trouve le bon équilibre : assez sérieux pour qu'on y croie, assez charmeur pour que la légende pointe, sans chercher à singer Daniel Craig. Autour de lui, une distribution solide donne vie à un MI6 naissant, avec Lennie James en mentor, Priyanga Burford en M, Alastair Mackenzie en Q et Kiera Lester en Moneypenny. La bande-son, qui s'offre un morceau de Lana Del Rey, soigne l'ambiance feutrée et glamour.

Le hic, c'est l'écriture. L'origin story démarre fort, attache au personnage et distille de jolies idées, mais elle se précipite nettement sur son dernier tiers, comme si le jeu était pressé de conclure. Surtout, l'antagoniste manque d'aura. Là où Bond a bâti sa renommée sur des méchants inoubliables, First Light propose une menace fonctionnelle mais fade, qui ne marque jamais durablement. C'est une occasion ratée, et elle pèse sur le souvenir qu'on garde de l'aventure une fois la quinzaine d'heures de campagne bouclée.

Beau et fluide, mais plombé par les chargements et l'absence de VF

Techniquement, c'est du sérieux. Les animations faciales sont parmi les plus convaincantes du moment, les environnements regorgent de détails, la lumière et les ombres flattent l'oeil. Sur les machines les plus musclées, le 60 images par seconde tient la route et rend les fusillades agréables, même si certains modes d'affichage console se montrent moins stables et que quelques bugs de checkpoint ou de reprise rapide ont été signalés. Le vrai grief technique, partagé par à peu près tout le monde, ce sont les temps de chargement : longs, fréquents, et particulièrement pénibles après chaque mort dans un jeu qui invite pourtant à expérimenter et donc à recommencer souvent.

Dernier point qui fâchera une partie du public français : First Light arrive sans aucun doublage français au lancement, en anglais sous-titré uniquement. C'est une première pour la licence Bond en jeu vidéo, qui proposait une VF depuis le début des années 2000. Rien n'interdit un ajout ultérieur, mais en l'état, les joueurs attachés à la version française devront faire sans, et le sujet a déjà animé les forums.

Verdict : un excellent terrain de jeu d'espion, un Bond pas tout à fait inoubliable

La presse internationale a largement encensé First Light, avec une avalanche de notes très élevées. On est un cran en dessous, et ce 15/20 traduit exactement ce qu'on en pense : un très bon jeu, qu'on recommande sans hésiter aux amateurs d'infiltration, mais qui n'atteint pas le statut de chef-d'oeuvre qu'on lui a parfois prêté. First Light brille quand il déploie ses niveaux bac à sable, quand il laisse improviser, quand il joue la carte du grand spectacle. Il convainc moins quand il recycle un peu trop la formule maison, quand son méchant s'efface et quand son scénario accélère vers une fin expédiée.

Reste l'essentiel : IO Interactive a trouvé une vraie place pour James Bond dans le jeu vidéo, et offre à l'agent une jeunesse jouable autrement plus inspirée que la plupart des adaptations du passé. Avec un antagoniste à la hauteur, des chargements raccourcis et un combat moins paresseux, le prochain épisode pourrait viser bien plus haut. Pour cette première mission, c'est déjà une réussite solide, qui mérite le détour pour quiconque aime se faufiler dans l'ombre avant de commander un Martini.

Pour qui ?

Pour les amateurs de Hitman et de jeux d'infiltration bac à sable, qui aiment observer un niveau, repérer les déguisements, les patrouilles et les dizaines de chemins possibles avant de passer à l'action. Pour les fans de James Bond curieux d'une vraie histoire d'origine, jouable, où l'agent gagne son matricule 00. Pour celles et ceux qui veulent un grand jeu d'action solo, beau, généreux en variété, qui alterne tension feutrée et morceaux de bravoure cinématographiques.

Pas pour qui ?

Pour les joueurs allergiques à la formule IO Interactive, qui trouveront vite que First Light recycle des mécaniques croisées dans Hitman sans assez les renouveler. Pour qui cherche un grand vilain mémorable et un scénario tendu de bout en bout, le jeu déçoit sur sa fin. Pour les amateurs de pur jeu de tir nerveux, le combat n'est pas la priorité ici. Et pour les joueurs attachés à la VF, l'absence totale de doublage français au lancement sera un vrai point noir.

Données du jeu

StudioIO Interactive
ÉditeurIO Interactive
Date de sortie27 mai 2026
PlateformesPC, PlayStation 5, Xbox Series X|S
Durée principale 15h
Durée 100% 24h
Metacritic 87/100
Steam 91% d'avis positifs